🐝 La pollinisation manuelle
La question revient chaque été : les petites courgettes se forment, jaunissent à la pointe, pourrissent et tombent. On cherche une maladie, on arrose davantage, on ajoute de l'engrais, sans résultat. Le plus souvent, la fleur n'a pas été fécondée. La RHS l'explique par un temps frais qui freine la pollinisation en début d'été, et note que le problème se règle de lui-même quand le temps s'améliore. En attendant, ou quand les insectes manquent, quelques gestes du matin suffisent. Voici comment reconnaître les deux fleurs, polliniser à la main, et savoir quand c'est inutile.

✅ L'essentiel
- Le petit fruit qui jaunit puis tombe est le plus souvent un ovaire non fécondé : aucun traitement n'y changera rien.
- Regardez sous la fleur : la femelle porte un petit fruit à sa base, le mâle une simple tige.
- Pollinisez le matin même de l'ouverture : la fleur de courge ne reste ouverte que quelques heures et ne rouvre pas.
- Une fleur mâle peut féconder plusieurs femelles ; le petit fruit grossit dans les deux jours si c'est réussi.
- N'aidez pas les concombres de serre : ces variétés sans fleurs mâles donnent des fruits amers une fois pollinisées.
Le petit fruit qui jaunit n'est pas malade
Chez les courges et les courgettes, le petit fruit visible sous la fleur femelle existe avant l'ouverture. La Heritage Seed Library le décrit comme l'ovaire, un renflement derrière les pétales qui deviendra le fruit. S'il reçoit du pollen, il se met à grossir en deux jours environ ; sinon, il jaunit et tombe.
La RHS relie ce problème au temps frais du début d'été : la pollinisation se fait mal, les plants ne donnent pas de fruits ou les fruits pourrissent quand ils sont encore tout petits. Elle ajoute que cela se corrige de soi-même quand le temps s'améliore. Trois indices orientent le diagnostic : la fleur fanée reste accrochée au bout du fruit avorté, le fruit jaunit depuis la pointe, et le reste du plant pousse normalement. Une maladie ou une carence marquerait aussi le feuillage.
| Observation | Cause probable | Que faire |
|---|---|---|
| Petit fruit jaune à la pointe, fleur fanée accrochée, plant sain | Défaut de pollinisation | Polliniser à la main le matin ; patienter si le temps se réchauffe |
| Fruit pourri au bout, couvert d'un feutrage gris | Pourriture grise sur une fleur restée humide | Retirer les fleurs fanées, aérer le pied |
| Fruit qui grossit puis brunit et se creuse au bout | Nécrose apicale, liée à l'arrosage irrégulier | Régulariser l'arrosage, voir bien arroser |
| Feuillage jaune et croissance arrêtée | Carence, excès d'eau ou racines abîmées | Vérifier le sol et le drainage |
| Que des fleurs mâles sur un jeune plant | Début de floraison | Patienter : les plants produisent souvent d'abord des fleurs mâles |
Ovaire, délai de deux jours et fleurs mâles en premier : Heritage Seed Library, Seed Saving Guidelines. Temps frais et fruits qui pourrissent petits : RHS, « How to grow courgettes ». Autres lignes : JardinZone.
Regarder sous la fleur
La distinction prend quelques secondes une fois qu'on sait où regarder. La RHS et la Heritage Seed Library donnent le même critère : la fleur femelle porte un petit fruit derrière ses pétales, la fleur mâle n'en a pas.
La fleur femelle repose sur un petit fruit miniature, déjà à la forme de la future courgette ou du futur potiron, visible avant l'ouverture. Au centre, le pistil est charnu et divisé en lobes. La fleur mâle est portée par une simple tige, sans renflement. Au centre, une colonne d'étamines couverte d'un pollen jaune et poudreux.
Les plants produisent souvent une profusion de fleurs mâles en premier. La Heritage Seed Library y voit un mécanisme qui favorise la pollinisation croisée. Un jeune plant couvert de fleurs mâles est donc normal.
Fleur mâle
- Simple tige sous la fleur, sans renflement
- Une colonne d'étamines chargée de pollen
- Souvent la première à apparaître, en nombre
- Celle qu'on cueille pour les beignets, selon la RHS
Fleur femelle
- Petit fruit déjà formé derrière les pétales
- Pistil charnu et lobé au centre
- Plus rare en début de saison
- Celle qu'il faut laisser en place
RHS, « How to grow courgettes » et « How to grow melons » ; Heritage Seed Library.
Le geste du matin
L'heure compte autant que le geste. Selon l'université d'État de l'Utah, pour la plupart des plantes, la pollinisation doit se faire le jour même de l'ouverture : la viabilité du pollen et la réceptivité du pistil ne durent que ce jour-là. Penn State décrit une fleur de citrouille ouverte environ quatre heures, du matin jusqu'aux premières chaleurs.
Utah State University Extension, Vegetable Guide ; Penn State Extension, « Pollination services in cucurbits » ; Heritage Seed Library.
- Repérez une fleur mâle ouverte le matin même, sur le même pied ou sur un pied voisin de la même espèce.
- Cueillez-la avec un bout de tige, puis retirez délicatement ses pétales pour dégager les étamines.
- Frottez doucement les étamines sur le pistil de la fleur femelle ouverte, ou transférez le pollen avec un petit pinceau.
- Passez à la femelle suivante : une fleur mâle en pollinise plusieurs, jusqu'à quatre au pinceau pour le melon selon la RHS.
- Vérifiez deux jours plus tard : le petit fruit a grossi et sa pointe reste verte.
Méthode : RHS, « How to grow melons » ; Heritage Seed Library.
La Heritage Seed Library donne un conseil inverse quand les fleurs mâles abondent : mieux vaut polliniser une femelle avec plusieurs fleurs mâles. Penn State note qu'une pollinisation insuffisante donne des concombres déformés, plus légers et pauvres en graines, et compte qu'une fleur femelle de citrouille a besoin de 16 visites d'abeille domestique ou de 8 visites de bourdon pendant ses quatre heures d'ouverture.
Le pinceau, pour garder les fleurs mâles : si vous voulez cuisiner les fleurs mâles, un petit pinceau à poils souples fait le même travail. On le charge de pollen dans la fleur mâle, on le dépose sur le pistil de la femelle. Gardez un pinceau par espèce si vous comptez récolter vos graines.
Les cultures concernées
Tout dépend de la fleur. Les plantes à fleurs mâles et femelles séparées ont besoin d'un transport de pollen ; celles qui portent des fleurs complètes se fécondent presque seules, avec un peu d'aide sous abri.
| Culture | Fleurs | Besoin d'aide | Geste |
|---|---|---|---|
| Courgette, courge, potiron, potimarron | Mâles et femelles séparées | Par temps frais ou sans insectes | Pollinisation manuelle le matin |
| Concombre de plein air | Mâles et femelles | Oui si les insectes manquent | Garder les fleurs mâles, selon la RHS |
| Concombre de serre « tout femelle » | Presque uniquement femelles | Non | Retirer les rares fleurs mâles : pollinisés, les fruits peuvent être amers |
| Melon | Mâles et femelles | Oui sous abri | Pinceau ou fleur mâle ; aérer la serre en pleine floraison |
| Tomate | Complètes | Faible | Tapoter ou secouer les fleurs ouvertes, brumiser, ouvrir les aérations |
| Pêcher, abricotier | Complètes, autofertiles | Floraison précoce, peu d'insectes | Pinceau de fleur en fleur, plusieurs jours secs et ensoleillés ; toujours sous serre |
| Pommier | Complètes, la plupart autostériles | Le pinceau ne suffit pas | Planter une variété pollinisatrice du même groupe de floraison |
RHS, « How to grow cucumbers », « How to grow tomatoes », « How to grow melons », « How to grow peaches », « How to grow apricots », « How to grow apples ».
La tomate mérite une précision. Sa fleur porte étamines et pistil, mais le pollen doit être secoué pour tomber. Sous serre, la RHS conseille d'ouvrir régulièrement les aérations pour laisser entrer les insectes, de tapoter ou secouer les fleurs bien ouvertes et de les brumiser. Au jardin, le vent et les insectes suffisent.
Le concombre de serre est le piège inverse. La plupart des variétés de serre sont « tout femelle » et donnent leurs fruits sans pollinisation ; la RHS demande d'ôter les rares fleurs mâles qui apparaissent, car une fleur pollinisée peut donner un fruit amer. Lisez le sachet avant de sortir le pinceau. Le melon, lui, résiste : la Heritage Seed Library estime qu'il rejette environ 70 % des pollinisations manuelles, d'où l'intérêt d'en faire plusieurs.
Les situations où le geste se justifie
Polliniser à la main tout l'été serait du temps perdu là où les insectes travaillent. Dans des champs de citrouilles de Pennsylvanie, Penn State a mesuré que les abeilles sauvages apportaient à elles seules quatorze fois le pollen nécessaire. Le geste sert pendant les périodes où les insectes ne volent pas.
- Une période froide. L'activité des abeilles domestiques baisse sous 13 °C environ, selon l'université d'État de l'Utah. C'est le cas des premières courgettes de mai.
- Du vent fort. La même source note un recul au-delà de 32 km/h de vent.
- Une semaine de pluie. Les fleurs ne s'ouvrent qu'un matin : quelques jours sans insectes font perdre toutes les fleurs femelles de la période.
- Une culture sous filet ou sous abri. La Heritage Seed Library le rappelle : une barrière qui exclut les insectes les empêche aussi de polliniser. On ouvre pendant la floraison, ou l'on pollinise soi-même.
- Un balcon en étage. Les pollinisateurs y passent moins qu'au jardin ; les fleurs isolées gagnent à être aidées. Voir jardiner sur petit espace.
Utah State University Extension (55 °F et 20 mph, convertis) ; Penn State Extension ; Heritage Seed Library.
Le cas du début de saison : sur les premiers pieds de courgettes, il arrive de n'avoir que des fleurs mâles pendant plusieurs jours, puis une femelle ouverte sans mâle disponible. Le pollen de n'importe quelle courgette convient : une fleur mâle cueillie le matin chez un voisin fait l'affaire.
Attirer les insectes plutôt que les remplacer
La pollinisation manuelle dépanne quelques jours. Elle ne remplace pas les insectes, qui visitent chaque fleur plusieurs fois dans la matinée. Sur un potager où les petites courgettes avortent chaque été, mieux vaut leur offrir des fleurs et des abris.
Nos guides pour attirer les pollinisateurs et sur les fleurs utiles au potager détaillent les leviers : une floraison étalée du printemps à l'automne, des fleurs proches des cultures, du bois mort et un coin de sol nu ensoleillé pour les abeilles qui nichent dans la terre.
Fleurs couramment semées pour les pollinisateurs au potager ; le guide des fleurs utiles détaille leur semis et leur floraison.
La bourrache et la phacélie se sèment facilement près des cucurbitacées. Laisser fleurir quelques pieds d'origan et de sarriette ne demande aucun travail supplémentaire.
Le croisement et les graines à ressemer
La pollinisation croisée a une conséquence qui surprend l'année suivante. Selon la Heritage Seed Library, toutes les courges du genre Cucurbita acceptent le pollen des autres membres du genre ; les croisements entre espèces font débat, et elle conseille par prudence 800 m d'isolement. Une courgette et un pâtisson, tous deux Cucurbita pepo, se croisent sans difficulté : leurs graines donneront des plants qui ne ressemblent ni à l'un ni à l'autre.
Pour récolter des graines fidèles, la pollinisation manuelle devient un outil de contrôle. La Heritage Seed Library décrit la méthode :
- Le soir, choisissez une fleur femelle et une fleur mâle de la même variété, sur deux pieds différents si possible, sur le point de s'ouvrir : encore vertes, avec un peu d'orange à la pointe.
- Fermez-les avec du ruban de masquage pour les empêcher de s'ouvrir, et marquez-les d'un tuteur.
- Le lendemain matin, cueillez la fleur mâle, retirez ses pétales, puis ouvrez la femelle seulement à ce moment : abeilles et mouches y entrent dès qu'elle s'ouvre.
- Déposez le pollen sur le pistil, puis refermez aussitôt les pétales de la femelle avec le ruban.
- Marquez la tige d'un brin de laine ou d'un ruban de couleur pour reconnaître le fruit à garder.
Heritage Seed Library, Seed Saving Guidelines, chapitre « Squash ».
Les courges amères sont toxiques : l'Anses rappelle chaque automne que certaines courges contiennent des cucurbitacines, qui provoquent rapidement douleurs digestives, nausées, vomissements, parfois diarrhée sanglante ou déshydratation grave. La cuisson ne les détruit pas. Elle conseille de goûter un petit morceau cru, de le recracher et de jeter la courge s'il est amer, de ne pas ressemer les graines des récoltes précédentes et d'acheter des semences neuves. En cas de symptômes, appelez un centre antipoison.
Le fruit de l'année garde les caractères de sa variété : le croisement se lit dans ses graines, et donc dans les plants de l'année suivante. C'est pourquoi l'Anses vise les graines ressemées et non les courges achetées en semences certifiées. Si vous gardez vos graines malgré tout, suivez la méthode d'isolement ci-dessus et goûtez chaque fruit cru avant de le cuisiner. Le guide pour récolter et conserver ses graines détaille le séchage et la conservation.
Le froid au nord et la chaleur au sud
Les deux freins météorologiques, le froid humide et la forte chaleur, ne pèsent pas de la même façon partout.
| Zone | Risque | Période sensible | Nos conseils |
|---|---|---|---|
| Atlantique | Élevé | Mai, juin et septembre | Les séquences pluvieuses clouent les insectes au sol ; le geste du matin devient une habitude en juin. |
| Nord et Nord-Est | Élevé | Mai et juin | Printemps frais : les premières fleurs femelles s'ouvrent souvent sous 13 °C, quand les abeilles volent peu. |
| Montagne | Moyen | Juin | Saison courte : polliniser les premières femelles avance la récolte. |
| Centre | Moyen | Mai, puis les canicules | Deux fenêtres à risque, l'une froide, l'autre chaude. |
| Sud-Ouest | Moyen | Juillet et août | Par forte chaleur, les fleurs se referment plus tôt : pollinisez dès leur ouverture. |
| Méditerranée | Moyen en été | Juillet et août | Intervenez tôt le matin ; un semis décalé fait fleurir les courgettes en juin et en septembre. |
Conseils indicatifs JardinZone, d'après le seuil d'activité des abeilles (Utah State) et la fermeture des fleurs à la chaleur (Penn State).
Notre position
Apprenez à distinguer les deux fleurs, c'est l'essentiel. Une fois que vous savez que le petit fruit qui jaunit est le plus souvent un ovaire non fécondé, vous arrêtez de traiter et d'arroser davantage, et vous réglez le problème le matin suivant, au pinceau ou avec une fleur mâle.
Gardez le geste pour les semaines froides, pluvieuses ou les cultures sous abri, et laissez les concombres de serre tranquilles. Si les avortements reviennent chaque année, semez des fleurs près des courgettes et laissez des abris aux insectes : ils travaillent chaque matin à votre place.
Questions fréquentes
Pourquoi mes petites courgettes jaunissent et pourrissent ?
Le plus souvent, la fleur femelle n'a pas été pollinisée : le petit fruit sous la fleur est un ovaire qui jaunit et tombe sans pollen. La RHS l'explique par le temps frais du début d'été, qui freine la pollinisation, et note que cela se corrige quand le temps s'améliore.
Comment distinguer une fleur mâle d'une fleur femelle de courgette ?
Regardez sous la fleur. La femelle porte un petit fruit miniature derrière ses pétales ; le mâle repose sur une simple tige, sans renflement. Au centre, la femelle a un pistil charnu et lobé, le mâle une colonne d'étamines couverte de pollen.
Comment polliniser une courgette à la main ?
Le matin de l'ouverture, cueillez une fleur mâle ouverte, retirez ses pétales et frottez ses étamines sur le pistil de la fleur femelle, ou utilisez un petit pinceau. Une fleur mâle peut servir à plusieurs femelles. Si c'est réussi, le petit fruit grossit dans les deux jours.
Quelles cultures ont besoin d'une pollinisation manuelle ?
Surtout les courges, courgettes, potirons, melons et concombres de plein air, à fleurs mâles et femelles séparées, quand les insectes manquent. Les tomates sous serre se contentent d'être secouées. Les concombres de serre « tout femelle » ne doivent pas être pollinisés : leurs fruits deviendraient amers.
Faut-il polliniser à la main tous les jours ?
Non, c'est un geste de dépannage : par temps froid, l'activité des abeilles baisse sous 13 °C environ, ou par grand vent, sous filet ou sur un balcon peu visité. Quand les insectes sont là, ils suffisent largement : en Pennsylvanie, les abeilles sauvages apportaient quatorze fois le pollen nécessaire aux citrouilles.
- Garden Organic, Heritage Seed Library, Seed Saving Guidelines, chapitres « Isolation » et « Squash » : gardenorganic.org.uk
- Royal Horticultural Society, How to grow courgettes, cucumbers, tomatoes, melons, peaches, apricots, apples : rhs.org.uk
- Penn State Extension, Pollination services in cucurbits ; Cucumber pollination : extension.psu.edu
- Utah State University Extension, Vegetable Guide, Pollination : extension.usu.edu/vegetableguide/production/pollination
- Anses, Cette année encore, attention aux courges amères, 15 octobre 2024 : anses.fr