JardinZone

🥕 La mouche de la carotte

Des carottes superbes au-dessus du sol, et dessous des racines striées de galeries rouille, amères, qui pourrissent en cave : c'est la signature de la mouche de la carotte. L'insecte lui-même passe inaperçu, une petite mouche noire de quelques millimètres. On ne le combat pas une fois installé dans la racine, on l'empêche de pondre. Trois armes suffisent dans un jardin : le calendrier des semis, le filet posé le jour même, et des variétés moins appétissantes pour lui. Voici comment les combiner, et ce que valent l'oignon et les barrières.

Mouche de la carotte adulte, au corps noir et à la tête rousse
Photo : Emanuele Santarelli / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Chamaepsila_rosae_234649323.jpg

✅ L'essentiel

  • Deux générations par an, parfois trois : des pontes au printemps, puis en fin d'été, la seconde étant la plus destructrice.
  • Semer après la mi-mai évite la première génération, récolter avant la fin août évite la seconde, selon la RHS.
  • Un filet de 1,3 mm posé dès le semis, bords enterrés, est la protection la plus sûre, à condition de changer la planche de place chaque année.
  • L'éclaircissage attire les femelles par l'odeur qu'il libère : semez clair pour éclaircir le moins possible.
  • Panais, céleri et persil sont aussi attaqués : protégez-les de la même façon.

Reconnaître la mouche et ses dégâts

La mouche de la carotte, Chamaepsila rosae, longtemps appelée Psila rosae, est un petit diptère au corps noir luisant, à la tête rousse et aux pattes jaunes. La fiche de l'INRAE lui donne 4 à 5 mm de long : on la voit rarement, et presque jamais au moment où elle pond. Elle dépose ses œufs dans le sol, au pied des carottes, isolés ou en petits tas, invisibles à l'œil nu.

Ce sont les larves qui font les dégâts. Après dix à douze jours d'incubation, l'asticot blanc jaunâtre gagne la racine. Il ronge d'abord les radicelles, puis creuse dans le pivot des galeries sinueuses. La RHS décrit les symptômes : des cicatrices brun rouille qui cerclent la racine, là où les galeries proches de la surface se sont effondrées, et, à la coupe, des tunnels habités par des larves de 9 mm au plus. Les carottes atteintes poussent moins vite, pourrissent facilement et prennent un goût amer, précise l'INRAE.

4 à 5 mmlongueur de la mouche adulte
10 à 12 joursentre la ponte et l'éclosion
1 moisde vie larvaire dans la racine
2 à 3générations par an selon les régions

INRAE, encyclopédie HYPP, fiche Chamaepsila rosae ; RHS, « Carrot fly ».

Les sources consultées ne décrivent aucun signe fiable sur le feuillage, en dehors d'une croissance ralentie : la plupart du temps, rien ne se voit avant l'arrachage. Si un rang vous a déçu l'an dernier, considérez que la mouche est présente dans le jardin.

Les cultures visées

La carotte est sa cible principale, mais pas la seule. La RHS cite aussi le panais, le persil, le céleri-branche et le céleri-rave, toutes des apiacées, la famille de la carotte. L'INRAE ajoute la carotte sauvage, fréquente en bord de chemin, où la mouche peut se maintenir sans potager. Le persil, selon l'INRAE, est plus rarement attaqué.

Carotte Panais Céleri-rave Céleri-branche Persil Carotte sauvage

Ces cultures se protègent de la même manière. Les regrouper sous un même filet simplifie la protection et la rotation d'une année sur l'autre.

Le calendrier des générations

Tout se joue sur le calendrier. La mouche passe l'hiver dans le sol, à l'état de pupe, ou dans les carottes oubliées, à l'état de larve. Au printemps, les adultes émergent près des cultures de l'année précédente. L'INRAE décrit des sorties très étalées, de fin avril-début mai jusqu'en juillet ; la RHS situe les pontes de fin mai à juin, puis d'août à septembre, sous un climat plus frais que celui de la France.

  • Hiver

    Pupes dans le sol et larves dans les carottes restées en terre. Les racines oubliées entretiennent la génération suivante.

  • Fin avril à juin

    Premier vol et premières pontes, plus tôt dans le Sud que dans le Nord. Les semis d'avril y sont exposés.

  • Juin, juillet

    Les larves de première génération se développent un mois dans les jeunes carottes, puis se nymphosent dans le sol.

  • Juillet à septembre

    Deuxième vol. Ses larves, les plus nuisibles, attaquent les carottes de garde jusqu'en octobre ou novembre.

  • Automne

    Une troisième génération dans certaines régions. Les larves s'installent dans les racines pour l'hiver.

INRAE, HYPP, Chamaepsila rosae ; RHS, « Carrot fly ».

L'INRAE souligne un point qui compte au moment de récolter : quand les larves hivernent dans la racine, les dégâts s'amplifient. Laisser des carottes en terre jusqu'au printemps dans une parcelle infestée, c'est récolter des racines de plus en plus abîmées, et nourrir les mouches de l'année suivante.

Semer et récolter entre les vols

C'est la méthode la moins coûteuse, et elle repose sur une règle de la RHS : les carottes semées après la mi-mai échappent à la première génération, et celles récoltées avant la fin août échappent à la seconde. Deux stratégies en découlent.

  1. La carotte primeur : semée tôt, au printemps, sous voile ou filet, et récoltée jeune avant la fin août. Elle traverse la première génération et doit donc être couverte.
  2. La carotte décalée : semée de fin mai à début juin, après le premier pic de vol. Elle échappe à la première génération et peut être récoltée en fin d'été, ou couverte à partir de juillet si on la garde plus longtemps.
  3. La carotte de garde : semée en juin ou juillet pour l'hiver, elle subit la seconde génération, la plus nuisible. Elle a besoin d'un filet jusqu'à la récolte, et d'une récolte complète à l'automne.

Ces dates valent pour un climat comparable à celui du Royaume-Uni. En France, l'INRAE note que les vols commencent plus tôt au sud qu'au nord : dans le Sud-Ouest ou en Méditerranée, avancez les repères de quelques semaines, et méfiez-vous d'un premier vol dès la fin avril. Le calendrier de la fiche carotte indique les mois de semis possibles dans votre zone.

⭐

Notez chaque année la date de semis et l'état de la récolte. Après deux ou trois saisons, vous saurez si votre jardin subit surtout la première ou la seconde génération, et vous pourrez caler vos semis en conséquence.

Le filet posé le jour du semis

Pour la RHS, le filet anti-insectes est la protection la plus efficace contre les mouches qui pondent au pied des racines, et une meilleure solution que les insecticides. La maille standard de 1,3 à 1,4 mm arrête la mouche de la carotte, la mouche du chou, la mouche de l'oignon et les papillons. La maille fine de 0,8 mm arrête en plus les altises, les pucerons et les mineuses, au prix d'un peu plus de chaleur et d'humidité dessous.

Trois conditions font la différence. Le filet se pose dès le semis : une mouche entrée avant la pose pond à l'abri. Les bords s'enterrent sous au moins 5 cm de terre, sans espace par où passer. Et le filet doit rester assez lâche pour que le feuillage ne le touche pas : les insectes peuvent pondre à travers une maille plaquée contre les feuilles.

Changez la planche de place chaque année. La RHS insiste : sans rotation, les mouches issues des pupes qui ont hiverné dans le sol émergent directement sous le filet, où elles pondent à l'abri de leurs prédateurs. Un filet posé sur la planche de carottes de l'an dernier peut aggraver le problème. Le guide de la rotation des cultures aide à organiser ce déplacement.

Le filet a deux contraintes. Il faut le soulever toutes les deux ou trois semaines pour désherber et éclaircir, et la RHS note que chaque ouverture laisse une chance aux insectes d'entrer : faites-le vite et refermez aussitôt. Et la terre reste plus humide dessous, ce qui peut favoriser les limaces. Notre guide des filets anti-insectes détaille la pose sur arceaux.

RHS, « Insect-proof mesh » et « Carrot fly ».

Les barrières verticales face au filet

On lit souvent qu'une palissade de 60 cm autour des carottes suffit, parce que la mouche volerait bas. La RHS a voulu le vérifier. En 2016, avec le Warwick Crop Centre de l'université de Warwick, elle a cultivé des carottes entourées de barrières de 60 cm, de 90 cm, de 60 cm avec un rebord en surplomb, et des carottes entièrement couvertes d'un filet, à côté de carottes sans protection.

Sa conclusion, reprise dans ses conseils : une couverture complète protège mieux qu'une barrière. La barrière garde un intérêt quand on ne peut pas couvrir, sur un grand carré par exemple, mais elle ne remplace pas le filet. Les essais agricoles cités par la RHS ne la jugeaient que partiellement efficace, même à 90 cm.

Filet complet

  • Plus efficace qu'une barrière selon la RHS
  • Arrête aussi les autres mouches et les papillons
  • Protège dès la levée
  • Demande une rotation stricte

Barrière verticale

  • Partiellement efficace, même à 90 cm
  • Plus simple sur une grande planche
  • N'arrête pas les mouches qui la franchissent
  • Utile en complément d'un filet

RHS, projet « Testing barrier methods for the protection of carrots from the carrot fly », 2016, avec le Warwick Crop Centre ; RHS, « Carrot fly ».

L'éclaircissage qui attire les femelles

La RHS rappelle que les femelles en quête d'un lieu de ponte sont attirées par l'odeur que dégagent les carottes quand on arrache les plants en surplus. Chaque éclaircissage est donc une invitation. La parade consiste à semer clair, pour avoir peu ou pas à éclaircir.

Le conseil classique de la fiche carotte, mélanger les graines à du sable fin, va dans ce sens : il répartit les graines et réduit l'éclaircissage. Les rubans et les graines enrobées, plus chers, permettent de semer directement à la bonne distance. Si vous devez éclaircir, faites-le en une seule fois, emportez les plants arrachés au lieu de les laisser sur place, et refermez aussitôt le filet. Notre guide du semis en pleine terre explique comment semer clair.

Les variétés moins sensibles

Certaines carottes sont moins attaquées que d'autres. La RHS cite Fly Away, Maestro, Resistafly et Sytan, en précisant qu'elles sont moins sensibles et non pleinement résistantes : elles subissent moins de dégâts, mais pas zéro. Leur intérêt est réel dans un jardin où la mouche est installée, à condition de les associer à un semis décalé ou à un filet.

Ces noms sont ceux du catalogue britannique, et toutes ne se trouvent pas facilement en France. Renseignez-vous auprès de votre fournisseur de semences sur la mention d'une tolérance à la mouche, et méfiez-vous des promesses de résistance totale : aucune variété ne la garantit.

L'oignon entre les rangs

L'association carotte et oignon est l'un des conseils les plus répandus. Elle a été testée. En 1984, les entomologistes britanniques Uvah et Coaker ont cultivé des carottes mêlées d'oignons : le mélange a réduit les attaques de la mouche de la carotte, comme celles du thrips sur l'oignon. Les rangs d'oignons intercalés faisaient entrer moins de mouches dans les parcelles.

Mais l'effet dépendait de deux conditions. Il augmentait avec la proportion d'oignons par rapport aux carottes, et il était maximal avec de jeunes oignons, pour devenir presque nul dès que les oignons commençaient à former leur bulbe. Autrement dit, l'oignon protège un peu pendant quelques semaines au printemps, et plus du tout ensuite, au moment où arrive la seconde génération. Il ne peut servir que de complément. Le guide des associations de plantes fait le point sur les autres mariages du potager.

B. I. Uvah et T. H. Coaker, « Effect of mixed cropping on some insect pests of carrots and onions », Entomologia Experimentalis et Applicata, 1984.

Les nématodes contre les jeunes larves

Des nématodes, vers microscopiques parasites d'insectes, se vendent pour arroser le sol et tuer les jeunes larves. La RHS indique deux espèces : Steinernema feltiae pour un traitement au printemps et Steinernema carpocapsae pour l'été, ainsi que des mélanges vendus pour la protection des fruits et légumes. Elle précise qu'ils ne sont pas spécifiques à la mouche de la carotte et touchent d'autres insectes du sol.

Ils s'appliquent sur un sol humide, au moment où les larves éclosent, ce qui suppose de bien connaître le calendrier de son jardin. Leur prix les réserve à une planche précieuse, en renfort d'un filet ou d'un semis décalé plutôt qu'en remplacement. Aucun insecticide de synthèse n'est autorisé aux jardiniers amateurs depuis 2019.

Chaque méthode face aux sources

MéthodeCe que disent les sourcesNotre avis
Filet de 1,3 mm posé au semisCouverture complète plus efficace qu'une barrière (RHS), avec rotation obligatoireÀ faire
Semis après mi-mai, récolte avant fin aoûtÉvite respectivement la première et la seconde génération (RHS)À faire, à décaler au Sud
Semer clair et limiter l'éclaircissageL'odeur des plants arrachés attire les femelles (RHS)À faire
Variétés moins sensiblesMoins de dégâts, pas de résistance totale (RHS)Utile en renfort
NématodesContre les jeunes larves, non spécifiques (RHS)Ponctuel
Barrière de 60 ou 90 cmMoins efficace qu'un filet ; partiellement efficace en agricultureÀ défaut de filet
Oignons intercalésRéduction des attaques avec de jeunes oignons, presque nulle après la bulbaison (Uvah et Coaker, 1984)Complément de printemps

RHS, « Carrot fly », « Insect-proof mesh » et projet de 2016 sur les barrières ; Uvah et Coaker, 1984.

Le calendrier selon votre climat

Les dates de vol avancent avec la douceur du climat. Ces repères restent indicatifs : seule l'observation de votre jardin, année après année, permet de les préciser.

ZonePremier vol, à titre indicatifSemis le plus sûrNos conseils
Nord et Nord-EstMaiDébut juinPrintemps tardif : un semis de début juin échappe au premier vol et laisse le temps de récolter avant l'automne.
AtlantiqueFin avril à maiFin mai à juinClimat doux et humide favorable à la mouche : le filet s'impose pour les carottes de garde.
CentreMaiFin mai à juinLes repères de la RHS s'appliquent à peu près tels quels.
Sud-OuestFin avrilJuin, ou sous filet dès févrierVols précoces : les semis de printemps ont besoin d'un filet dès la levée.
MéditerranéeAvrilJuin, sous filetVols précoces : couvrez les semis de printemps dès la levée et gardez le filet sur les carottes de garde.
MontagneJuinJuinSaison courte, semis de mai à juillet : couvrez dès le semis, la récolte d'août à octobre tombant pendant le second vol.

Conseils indicatifs JardinZone, d'après le calendrier de l'INRAE (vols de fin avril à juillet, plus précoces au sud) et les repères de la RHS.

Récolter et conserver sans entretenir la mouche

La récolte est la dernière occasion de casser le cycle. Les larves de la seconde génération restent dans les racines jusqu'en octobre ou novembre, et y passent souvent l'hiver. Arrachez donc toutes les carottes d'une parcelle attaquée à l'automne, au lieu de les laisser en terre jusqu'au printemps, et ne laissez aucune racine abîmée sur place.

Triez à l'arrachage : seules les carottes saines se conservent. Une racine creusée de galeries pourrit en cave ou en silo et contamine ses voisines. Les carottes touchées peuvent se consommer rapidement après avoir retiré les parties abîmées, mais elles ne se gardent pas. Le guide pour récolter et conserver ses légumes détaille la conservation en sable ou en silo.

Notre position

Si la mouche est installée chez vous, un filet de 1,3 mm posé le jour du semis, sur une planche qui n'a pas porté de carottes l'année précédente, règle l'essentiel du problème. Semez clair pour éclaircir le moins possible, et récoltez tout à l'automne.

Sans filet, jouez le calendrier : semez après la mi-mai, plus tôt au Sud, et récoltez avant la fin de l'été ce que vous ne pouvez pas couvrir. Les variétés moins sensibles et les oignons intercalés aident, mais ils ne suffisent pas seuls.

Questions fréquentes

Comment savoir si mes carottes ont la mouche ?

En arrachant une carotte : la racine porte des cicatrices brun rouille et, coupée, révèle des galeries sinueuses, souvent habitées par de petits asticots blanc jaunâtre de 6 à 9 mm. Les carottes attaquées poussent moins, pourrissent facilement et prennent un goût amer.

Quand semer les carottes pour éviter la mouche ?

La RHS conseille de semer après la mi-mai pour échapper à la première génération, et de récolter avant la fin août pour éviter la seconde. Dans le sud de la France, où les vols commencent plus tôt, la fenêtre se décale de quelques semaines.

Quel filet utiliser contre la mouche de la carotte ?

Un filet anti-insectes de 1,3 à 1,4 mm de maille suffit, selon la RHS ; une maille de 0,8 mm arrête aussi les altises et les pucerons. Posez-le dès le semis, enterrez les bords sur au moins 5 cm et changez la planche de place chaque année, sinon les mouches sorties du sol naissent sous le filet.

Planter des oignons entre les carottes éloigne-t-il la mouche ?

Un peu, et seulement au début. Dans l'essai d'Uvah et Coaker en 1984, mêler oignons et carottes a réduit les attaques, d'autant plus que les oignons étaient nombreux. L'effet était maximal avec de jeunes oignons et presque nul dès qu'ils formaient leur bulbe.

Existe-t-il des carottes résistantes à la mouche ?

Il existe des variétés moins sensibles, comme Fly Away, Maestro, Resistafly ou Sytan, citées par la RHS. Elles réduisent les dégâts sans les supprimer : elles ne sont pas résistantes au sens strict, et gagnent à être associées au filet ou à un semis décalé.

Sources :
  • INRAE, encyclopédie HYPP, Chamaepsila rosae (mouche de la carotte) : ephytia.inra.fr/fr/C/11685
  • Royal Horticultural Society, Carrot fly : rhs.org.uk/biodiversity/carrot-fly
  • Royal Horticultural Society, Insect-proof mesh : rhs.org.uk/prevention-protection/insect-proof-mesh
  • Royal Horticultural Society et Warwick Crop Centre, Testing barrier methods for the protection of carrots from the carrot fly, 2016 : rhs.org.uk/science/plant-health-in-gardens/entomology/rhs-projects-on-plant-pests/carrot-fly-barrier
  • B. I. Uvah et T. H. Coaker, Effect of mixed cropping on some insect pests of carrots and onions, Entomologia Experimentalis et Applicata, 1984 : doi.org/10.1111/j.1570-7458.1984.tb03422.x