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🔵 La bouillie bordelaise

C'est le traitement de grand-mère par excellence, ce produit bleu qu'on pulvérise sur les tomates et les fruitiers depuis le XIXe siècle. La bouillie bordelaise est efficace contre le mildiou et plusieurs maladies de champignon, mais c'est un produit à base de cuivre, qui n'est pas anodin pour le sol. Voici comment l'employer juste, et le moins possible.

Pulvérisation au jardin
Photo : Gustavo Fring / Pexels

✅ L'essentiel

  • Un fongicide à base de cuivre qui agit en préventif contre le mildiou, la tavelure, la cloque et certaines bactéries.
  • Préventif uniquement : elle protège un feuillage sain, elle ne soigne pas une maladie déjà déclarée.
  • Dosage courant : autour de 10 à 20 g par litre selon la culture (environ 10 à 12 g/L sur tomate). Respectez l'étiquette.
  • Avec parcimonie : le cuivre s'accumule dans le sol. À réserver aux situations à risque, jamais en routine.

Qu'est-ce que la bouillie bordelaise ?

La bouillie bordelaise est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux, qui se présente sous forme de poudre bleue à diluer dans l'eau. Déposée en fine pellicule sur le feuillage, elle empêche les spores de champignons de germer à la surface des feuilles. C'est un produit de contact et préventif : il forme une barrière, mais ne pénètre pas dans la plante et ne détruit pas une infection déjà installée.

Elle agit contre un large éventail de maladies : le mildiou de la tomate et de la pomme de terre, la tavelure du pommier et du poirier, la cloque du pêcher, la maladie des taches sur de nombreux arbres et arbustes. C'est cette polyvalence, et son faible coût, qui en ont fait un classique des jardins. Mais son principe actif, le cuivre, impose des précautions.

Le revers du cuivre

Le cuivre est un métal. Contrairement à beaucoup de traitements qui se dégradent, il ne disparaît pas : il s'accumule dans le sol au fil des applications. À forte dose répétée, il devient toxique pour la vie du sol, notamment pour les vers de terre et les micro-organismes qui font la fertilité d'un potager.

C'est pourquoi son usage est encadré, y compris en agriculture biologique où il reste autorisé mais plafonné : la réglementation européenne limite la quantité de cuivre métal applicable par hectare et par an. Pour le jardinier, le message est simple : la bouillie bordelaise n'est pas un produit à pulvériser par précaution chaque printemps. C'est un outil de gestion d'un risque réel, à sortir avec mesure.

Avant de penser bouillie bordelaise, épuisez les leviers sans cuivre : variétés résistantes, abri des tomates contre la pluie, arrosage au pied, rotation des cultures, nettoyage des débris malades. Bien menés, ils suffisent souvent à passer la saison sans traiter.

Doser et appliquer correctement

Le dosage dépend de la culture et figure toujours sur l'emballage : suivez-le, c'est lui qui fait foi. Voici des ordres de grandeur courants pour s'y repérer.

CultureDose indicativePériode
Tomate, pomme de terreEnviron 10 à 12 g/LAvant les périodes humides, en préventif
VigneEnviron 15 à 20 g pour 10 LDu printemps à l'été
Arbres fruitiers (cloque, tavelure)Selon étiquetteÀ la chute des feuilles et au débourrement
RosiersDose faible selon étiquetteEn préventif

Pour l'application, quelques règles valent pour toutes les cultures :

  • Sur feuillage sec et par temps calme, sans pluie ni vent annoncés dans les heures qui suivent, sinon le produit est lessivé.
  • Le matin ou en fin de journée, jamais en plein soleil pour éviter de brûler le feuillage.
  • Sur les deux faces des feuilles, en couvrant bien, puisque c'est une protection de contact.
  • Gants et protection : le cuivre n'est pas anodin pour la peau, et on ne traite pas par-dessus des fruits prêts à récolter.

Au verger : les deux passages clés

Sur les arbres fruitiers, la bouillie bordelaise s'emploie traditionnellement à deux moments précis de l'année, en dehors de la période de végétation, ce qui limite l'impact sur la faune et le sol. Le premier passage se fait à l'automne, à la chute des feuilles : il désinfecte les plaies laissées par les feuilles tombées et réduit les réservoirs de spores avant l'hiver. Le second a lieu à la fin de l'hiver, au débourrement, juste avant l'ouverture des bourgeons, pour protéger les jeunes pousses de la tavelure et de la cloche du pêcher.

Une fois les feuilles et les fleurs sorties, on cesse les traitements pour ne pas gêner la pollinisation ni risquer de brûler le feuillage tendre. Ce calendrier en deux temps suffit à la plupart des vergers familiaux. Là encore, la sobriété prime : un arbre vigoureux, bien taillé et bien aéré, dont on ramasse les fruits malades au sol, se passe souvent de tout traitement. La bouillie n'est qu'un appoint, jamais un automatisme.

Questions fréquentes

Est-elle autorisée en bio ?

Oui, le cuivre est autorisé en agriculture biologique, mais sa quantité est réglementée : la dose annuelle de cuivre métal est plafonnée au niveau européen pour protéger les sols. Autorisé ne veut donc pas dire anodin : le cuivre s'accumule et doit être employé le moins possible.

Quand l'appliquer ?

Toujours en préventif, avant l'arrivée de la maladie, sur feuillage sec et hors période de pluie immédiate. Sur tomate et pomme de terre, on cible les périodes humides à risque de mildiou. La bouillie agit comme une barrière déposée sur le feuillage : elle ne soigne pas une maladie déjà installée.

Faut-il en mettre chaque année ?

Non. C'est un outil de dernier recours, pas une routine. Mieux vaut d'abord miser sur les variétés résistantes, l'abri des tomates, l'arrosage au pied et la rotation. On ne sort la bouillie que lorsque la pression est réelle, et avec le moins de passages possible.

Sources :
  • Règlement d'exécution UE 2018/1981 relatif aux composés du cuivre
  • Ministère de l'Agriculture, Jardiner autrement, usage du cuivre au jardin