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🌿 Le purin d'ortie

Le purin d'ortie a une recette officielle : 75 g de feuilles fraîches par litre d'eau, trois à quatre jours de macération à 20 °C, puis une dilution au cinquième. Elle figure dans la fiche de l'ortie, reconnue comme substance de base au niveau européen en 2017. Son efficacité, en revanche, est bien plus modeste que sa réputation. En 2012, le conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France a passé en revue quinze ans d'essais : pas d'effet engrais significatif, pas d'efficacité démontrée contre les maladies des légumes, au mieux un léger retard des pucerons. Voici comment le préparer, et ce qu'on peut raisonnablement en attendre.

Feuilles d'ortie dentelées, d'un vert intense, avant la récolte
Photo : YumeSofii / Pexels

✅ L'essentiel

  • Recette de la fiche officielle : 75 g d'orties fraîches ou 15 g sèches par litre d'eau, 3 à 4 jours à 20 °C, filtrer puis diluer 1 volume pour 5 volumes d'eau.
  • Statut : l'ortie est une substance de base autorisée depuis 2017, utilisable au jardin contre pucerons, acariens et maladies en préventif.
  • Engrais : les essais du Ctifl rapportés par la SNHF n'ont montré aucun effet significatif sur six légumes ; des purins maison analysés par Garden Organic ont pourtant la composition d'un engrais tomate prêt à l'emploi.
  • Pucerons : au mieux un léger retard d'infestation, qui s'efface vite derrière l'action des auxiliaires.
  • Maladies : aucune efficacité mise en évidence contre la rouille, l'oïdium et le mildiou de plusieurs légumes.

La recette de la fiche officielle

L'ortie, Urtica, a été reconnue en 2017 comme substance de base au niveau européen. Une substance de base est un produit courant, conçu pour un autre usage, que l'on peut aussi employer pour protéger les plantes. Sa fiche, publiée en France par l'Institut technique de l'agriculture biologique, décrit précisément la préparation autorisée.

  1. Récoltez les feuilles, gants aux mains : 75 g de feuilles fraîches par litre d'eau, ou 15 g de feuilles sèches. Pour un seau de 10 litres, comptez 750 g d'orties fraîches.
  2. Laissez macérer 3 à 4 jours à 20 °C dans un récipient couvert sans être fermé, en remuant de temps en temps.
  3. Filtrez soigneusement, pour ne pas boucher le pulvérisateur.
  4. Diluez 1 volume de filtrat pour 5 volumes d'eau avant l'emploi, et visez une eau au pH de 6 à 6,5.
  5. Pulvérisez sur le feuillage, de préférence le matin ou le soir, ou employez la préparation au pied.

ITAB, fiche substance de base « Ortie » ; Jardiner autrement, « L'ortie reconnue comme substance de base », 2017.

Cette recette diffère de la pratique répandue, un kilo d'orties pour dix litres laissés fermenter une à deux semaines jusqu'à la fin des bulles. C'est la macération courte de la fiche qui correspond au statut de substance de base. Ces durées valent pour 20 °C : par temps plus frais, la macération est plus lente.

75 g/Lde feuilles fraîches, ou 15 g/L sèches
3 à 4 jde macération à 20 °C
1 pour 5dilution du filtrat avant emploi

ITAB, fiche substance de base « Ortie ».

Les usages autorisés

Depuis 2019, les jardiniers amateurs n'ont plus accès aux produits phytosanitaires de synthèse. Les substances de base font partie des produits qui leur restent permis, comme le rappelle le guide pour lutter contre les nuisibles au naturel. La fiche de l'ortie liste ses usages reconnus.

CibleUsage reconnuCultures
InsectesPucerons, aleurodes, altises, mouches des semisLégumes de plein champ et sous abri, fruitiers, vigne, ornement
ChampignonsMaladies fongiques diverses, en préventif, par stimulation des défensesIdem
AcariensTétranyque tisserandIdem
PaillageOrties fraîches étalées au solToutes cultures

ITAB, fiche substance de base « Ortie » ; Jardiner autrement, 2017, pour l'usage en paillage.

Un usage autorisé n'est pas une efficacité garantie. L'approbation d'une substance de base encadre surtout sa sécurité et ses conditions d'emploi. Pour savoir ce que le purin d'ortie fait au potager, il faut regarder les essais.

Un engrais modeste et variable

On présente souvent le purin d'ortie comme un engrais azoté. Les analyses rapportées par la SNHF disent autre chose. Dans une étude du Ctifl de 2003-2004, un purin acheté dans le commerce ne contenait que des quantités « infinitésimales » d'azote total et d'azote ammoniacal, et aucune forme d'azote nitrique, celle que les racines absorbent le plus facilement. Les expérimentateurs ont alors fabriqué leur propre purin : l'azote y était surtout sous forme organique, lentement minéralisé.

EssaiMode d'apportRésultat
Artichaut, 2000Pralinage des œilletonsPas d'effet significatif : 4,83 t/ha contre 4,98 pour le témoin
Chou-fleur, poireauPralinage des jeunes plantsPas d'effet significatif
Aubergine, courgette, melonPulvérisation ou goutte-à-goutte en cours de culturePas d'effet significatif
Fraisier sous abri, 2004Goutte-à-goutte en complémentPas d'effet significatif, et des goutteurs bouchés

SNHF, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012, d'après les essais du Ctifl.

La fiche technique d'un purin du commerce, reproduite dans le même dossier, indique environ 700 mg d'azote total par litre. Dilué à 10 % comme on le conseille souvent, un arrosoir de 10 litres apporte donc de l'ordre de 0,7 g d'azote, en grande partie organique. Un légume gourmand comme la tomate ou le chou en demande bien davantage sur la saison : ce sont le compost et les amendements organiques qui le nourrissent, comme l'explique le guide des engrais et de la fertilisation naturelle.

Une autre série d'analyses nuance ce tableau. Garden Organic a fait mesurer à l'université de Coventry des purins maison préparés par ses adhérents selon une méthode fixe : 1 kg de feuilles d'ortie, de l'eau jusqu'à 15 litres, un mois de macération. Ces purins contenaient en moyenne 153 mg d'azote assimilable par litre, et autant de potasse que les purins de consoude préparés dans les mêmes jardins. Leur composition se rapprochait d'un engrais tomate du commerce prêt à l'emploi, à condition de les utiliser purs, sans dilution. Les deux sources ne se contredisent pas tout à fait : la teneur dépend beaucoup de la recette, du sol et des feuilles, et l'analyse d'un liquide ne remplace pas un essai au champ, qui n'a pas montré d'effet en France. Le guide de la consoude détaille cette comparaison.

Contre les pucerons et les maladies

Le même dossier synthétise plus de cinquante essais menés pendant quinze ans par le Ctifl, l'Institut français de la vigne et du vin et l'Iteipmai sur des purins de plantes, dont l'ortie. Le bilan est sévère.

Les effets observés

  • Sur pucerons, au mieux un léger retard d'infestation
  • Sur vigne, une efficacité moyenne, de 30 à 40 % selon un auteur, des purins de prêle et d'ortie contre le mildiou, associés à du cuivre sous-dosé
  • Au Népal, une efficacité sur l'oïdium du concombre

Les effets non démontrés

  • Rouille, oïdium et mildiou de l'artichaut, du melon, de la laitue, du concombre, de la tomate et de la pomme de terre
  • Effet répulsif sur les limaces et les altises
  • Effet fertilisant sur six légumes

SNHF, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012, conclusion.

Maladie testéePréparationsConclusion des expérimentateurs
Rouille de l'ail, de l'estragon et de la menthePrêle, ou mélange prêle, ortie et consoudePas d'efficacité significative, faible ou forte pression
Oïdium de l'artichaut et du melonPrêle, ou mélange prêle, ortie et consoude« Efficacité nulle » ; le soufre protège correctement
Mildiou de la laituePurins de plantesMêmes résultats que le témoin, efficacité « apparemment nulle »
Mildiou de la pomme de terre primeur, forte attaque, 2000Purins de plantes, extraits d'alguesAucune amélioration ; le cuivre reste le premier facteur de réussite

SNHF, 2012, chapitre « Essais d'efficacité sur les pathogènes fongiques », d'après les essais de l'Iteipmai et du Ctifl.

Le léger retard d'infestation des pucerons, notent les auteurs, s'estompe rapidement sous l'action des auxiliaires naturels. Autrement dit, les coccinelles, les syrphes et les chrysopes font l'essentiel du travail, comme le détaille le guide des insectes auxiliaires. Le dossier conclut sur l'écart frappant entre des effets mesurés « nuls, ténus et/ou aléatoires » et les recommandations courantes. Contre le mildiou de la tomate, le guide du mildiou présente les mesures qui ont fait leurs preuves.

Le cadre légal en France

Le purin d'ortie a longtemps été vendu sans statut. Le dossier de la SNHF retrace la mise en place d'un cadre en trois temps, avant l'approbation européenne de 2017.

TexteCe qu'il prévoit
Décret du 23 juin 2009Crée les préparations naturelles peu préoccupantes, faites d'éléments naturels par un procédé accessible à tout utilisateur. Aucune autorisation n'est requise quand le jardinier prépare lui-même, seule la plante de départ doit figurer sur une liste officielle.
Arrêté du 18 avril 2011Autorise la vente d'un purin d'ortie fabriqué selon une recette définie, contre le mildiou, les pucerons et les acariens, et comme activateur de croissance.
Note de service du 18 avril 2011Fixe la liste des plantes utilisables pour fabriquer des purins.
Approbation européenne de 2017L'ortie devient substance de base au titre du règlement 1107/2009.

SNHF, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012, chapitre « La mise au point d'un cadre réglementaire » ; Jardiner autrement, 2017.

La SNHF souligne un point important : la demande d'autorisation d'une préparation naturelle peu préoccupante ne demandait ni dossier toxicologique, ni preuve d'efficacité par des essais officiels. Les usages inscrits dans l'arrêté de 2011, mildiou compris, ne valent donc pas démonstration. Ils décrivent les revendications permises au produit.

Pourquoi il reste si populaire

Le dossier de la SNHF retrace l'histoire du produit. Au début des années 2000, des fabricants désireux de commercialiser du purin d'ortie lui ont revendiqué une origine ancestrale, en particulier pour ses propriétés contre les pucerons. Après avoir consulté la littérature agricole ancienne, les auteurs jugent « hautement vraisemblable » que le purin d'ortie soit une invention récente. Ses recommandations d'emploi semblent avoir débuté dans le Maine-et-Loire, avant de devenir un petit commerce.

  • Fin des années 1990

    Premiers essais sur la vigne dans le Gard : les purins de prêle et d'ortie montrent une efficacité moyenne contre le mildiou, en complément d'un cuivre réduit.

  • Années 2000

    Ventes en jardinerie, mises en garde des Fraudes en 2002, puis en 2006 la « guerre de l'ortie », relayée par plus de 60 questions de parlementaires. Les essais sur légumes se multiplient, sans confirmer les effets attendus.

  • 2009

    Un décret crée la catégorie des préparations naturelles peu préoccupantes, dont le purin d'ortie devient l'emblème.

  • 2012

    Le conseil scientifique de la SNHF conclut qu'aucun résultat ne permet d'affirmer un effet positif ou négatif des macérations d'ortie.

  • 2017

    L'ortie est approuvée comme substance de base au niveau européen, ce qui encadre sa préparation et son usage.

SNHF, 2012 ; Jardiner autrement, 2017.

Sa popularité tient aussi à des raisons solides : l'ortie pousse partout, la préparation est gratuite, et elle donne au jardinier un geste à faire. Rien n'interdit de continuer, à condition de ne pas lui confier ce qu'elle ne fait pas : remplacer la fumure de fond ou arrêter le mildiou.

Comment l'utiliser sans illusion

UsageNotre avisCe qui marche mieux
Engrais au piedAppoint : macéré un mois et utilisé pur, comparable à un engrais tomate, sans effet démontré au champCompost et fumier composté pour la fumure de fond
Pulvérisation contre les puceronsEffet léger et brefAttendre les auxiliaires, écraser les foyers
Prévention des maladiesPas d'efficacité démontrée sur les légumesVariétés résistantes, abri, espacement
Paillage d'orties fraîchesUtile comme tout paillis végétalÀ compléter par un paillis plus durable
Ajout au compostUtile : matière verte richeMélanger à des matières brunes

Avis JardinZone fondé sur le dossier SNHF 2012 et la fiche ITAB.

Les orties elles-mêmes sont plus utiles que leur purin. Fauchées avant la floraison, elles font un bon paillis au pied des légumes, et la fiche de la substance de base reconnaît cet usage. Ajoutées au composteur, elles apportent de la matière verte à mélanger avec des feuilles mortes ou du broyat.

Attention : utilisez une eau non chlorée, de pluie de préférence, filtrez bien, et n'employez pas une préparation qui a tourné à l'odeur de pourriture. Portez des gants à la récolte. Une macération reste un produit à pulvériser avec bon sens : pas en plein soleil, et pas sur des légumes prêts à être récoltés.

La récolte des orties selon votre climat

ZoneNos conseils
Nord et Nord-EstJeunes orties en avril et mai. La macération à 20 °C demande souvent un abri chauffé au printemps.
AtlantiquePousse précoce dès mars. Les orties fauchées repartent vite et donnent une seconde récolte en été.
CentreRécolte d'avril à juin, avant la floraison. Macération facile à l'extérieur dès mai.
Sud-OuestRécolte de mars à mai. En été, la macération va vite : surveillez-la dès le deuxième jour.
MéditerranéeOrties surtout au printemps et à l'automne, dans les coins frais. Séchez-en pour l'été.
MontagneRécolte de mai à juillet. Séchez les feuilles pour disposer de 15 g/L hors saison.

Conseils indicatifs JardinZone ; doses de la fiche ITAB.

Notre position

Pour un usage de protection, suivez la recette de la fiche officielle : 75 g de feuilles fraîches par litre, trois à quatre jours à 20 °C, une dilution au cinquième, la préparation qui correspond au statut de substance de base. Pour un engrais d'appoint, préférez la méthode de Garden Organic : 1 kg d'orties pour 15 litres d'eau, un mois de macération, et un emploi pur au pied des légumes-fruits.

Ne lui confiez en revanche ni la fumure de fond, ni la lutte contre les maladies : quinze ans d'essais en France n'y ont trouvé que des effets nuls ou ténus. Pour nourrir le sol, comptez sur le compost ; contre les pucerons, sur les auxiliaires ; contre le mildiou, sur l'abri et les variétés résistantes. Les orties, elles, font aussi un bon paillis et un bon apport au compost.

Questions fréquentes

Quelle est la recette du purin d'ortie ?

La fiche de la substance de base publiée par l'ITAB indique 75 g de feuilles fraîches ou 15 g de feuilles sèches par litre d'eau, trois à quatre jours de macération à 20 °C, puis une dilution d'un volume de filtrat pour cinq volumes d'eau, à un pH de 6 à 6,5.

Le purin d'ortie est-il un bon engrais ?

Un engrais modeste. Les essais du Ctifl rapportés par la SNHF, sur chou-fleur, poireau, courgette, aubergine, melon, fraisier et artichaut, n'ont montré aucun effet significatif. Des purins maison macérés un mois, 1 kg d'orties pour 15 litres, analysés par Garden Organic, avaient pourtant une composition proche d'un engrais tomate prêt à l'emploi, à utiliser pur. La teneur varie beaucoup selon la recette.

Le purin d'ortie éloigne-t-il les pucerons ?

À peine. Les essais compilés par la SNHF montrent au mieux un léger retard d'infestation, qui s'estompe vite sous l'action des auxiliaires. Aucun effet répulsif n'a été trouvé sur les limaces ni sur les altises.

Le purin d'ortie est-il autorisé ?

Oui. L'ortie est reconnue comme substance de base au niveau européen depuis 2017, contre les insectes, les acariens et les maladies en préventif, et en paillage. Elle fait partie des produits que les jardiniers amateurs peuvent encore utiliser depuis l'interdiction des produits de synthèse en 2019.

Combien de temps laisser macérer les orties ?

Trois à quatre jours à 20 °C selon la fiche officielle. Une fermentation d'une à deux semaines, encore très pratiquée, donne une préparation plus odorante qui ne correspond pas à la recette autorisée, sans gain démontré.

Sources :
  • Société nationale d'horticulture de France, conseil scientifique, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, Protection des plantes, tradition et macération d'ortie, 2012 : jardiner-autrement.fr
  • ITAB, fiche substance de base Ortie (Urtica spp.) : itab.bio/substances/fiche-substance-de-base/ortie
  • Jardiner autrement, L'ortie reconnue comme substance de base, 2017 : jardiner-autrement.fr
  • Décret n° 2009-792 du 23 juin 2009 relatif aux préparations naturelles peu préoccupantes
  • Garden Organic, Comfrey vs Nettle feeds, rapport d'essai, analyses de l'université de Coventry : gardenorganic.org.uk
  • DRAAF Centre-Val de Loire, 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers, mis à jour le 19 octobre 2023