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🐜 Les pucerons au potager

Ils apparaissent en quelques jours au bout des fèves, sous les feuilles de poivron ou au revers des rosiers, et reviennent chaque année. Une femelle de puceron vert met au monde une quarantaine de larves sans s'accoupler, et ses filles se reproduisent à leur tour une à deux semaines plus tard. Pourtant un puceron tue très rarement une plante, rappelle la Royal Horticultural Society. Les gestes qui font reculer une colonie sont simples ; ce qui l'empêche de revenir tient à l'azote, aux fourmis et aux auxiliaires.

Colonie de pucerons sur une tige
Photo : Petr Ganaj / Pexels

✅ L'essentiel

  • Une femelle donne une quarantaine de larves sans accouplement, et elles se reproduisent 6 à 17 jours après leur naissance : la colonie grossit vite.
  • Écraser, passer au jet d'eau, couper les pousses envahies : trois gestes gratuits qui épargnent les auxiliaires.
  • Savons et huiles n'agissent que sur ce qu'ils mouillent, ne tuent que les pucerons présents ce jour-là, et frappent aussi les coccinelles qu'ils touchent.
  • Trop d'azote soluble favorise leur reproduction : fumez peu, et en plusieurs fois.
  • Des fourmis sur la tige signifient que la colonie est gardée : elles écartent les larves de coccinelle.

Une colonie qui se multiplie sans mâle

Du printemps à l'automne, les colonies ne comptent que des femelles sans ailes, qui mettent au monde des larves vivantes. Chez le puceron vert du pêcher, chaque femelle en produit une quarantaine, et ces larves deviennent reproductrices 6 à 17 jours après leur naissance, selon la FREDON Hauts-de-France ; l'espèce enchaîne 20 à 21 générations par an. Par temps chaud, l'université de Californie compte même sept à huit jours de la naissance à la reproduction. D'où la surprise de tant de jardiniers : une plante propre en début de semaine, couverte à la fin.

Ce rythme dicte la façon de traiter. Le jet d'eau, les savons et les huiles ne tuent que les pucerons présents le jour du passage, souligne l'université de Californie : les larves nées ensuite reconstituent la colonie. Il faut donc soit recommencer, soit s'attaquer à ce qui rend la plante attractive.

Des formes ailées apparaissent quand la colonie est trop dense, quand la plante s'épuise ou quand la saison change. À l'automne, la plupart des espèces pondent leurs œufs d'hiver sur un arbre ou un arbuste, note la RHS. Le puceron vert les dépose sur le pêcher et les autres Prunus, puis colonise au printemps la pomme de terre, la betterave et une foule de cultures : il fréquente plus de quarante familles de plantes. Le puceron noir de la fève, lui, hiverne sur le fusain d'Europe, la viorne ou le seringat.

≈ 40larves par femelle, sans accouplement
6 à 17 jde la naissance à la reproduction
20 à 21générations par an
40familles de plantes colonisées

Puceron vert du pêcher (Myzus persicae) : FREDON Hauts-de-France, fiche Bio'Auxil, 2024.

Pourquoi ils reviennent chez vous

Le puceron pique les vaisseaux de la plante et se nourrit de sa sève. « Une fertilisation azotée élevée favorise la reproduction des pucerons », écrit l'université de Californie, qui conseille de ne jamais apporter plus d'azote que nécessaire, sous une forme peu soluble et en plusieurs fois. Un engrais azoté soluble ou un excès de fumier poussent la plante vers une croissance tendre, celle que le puceron recherche. Notre guide des engrais et de la fertilisation naturelle détaille comment doser sans excès.

Le deuxième facteur est le calendrier. Au printemps, observe la RHS, les populations de pucerons grimpent avant que leurs ennemis naturels soient assez nombreux. Les premières colonies ont donc une avance, et c'est à ce moment qu'un tour du potager chaque semaine, revers des feuilles compris, paie le plus.

Le troisième est un jardin sans abri ni fleurs. Coccinelles, carabes, syrphes, guêpes parasitoïdes et perce-oreilles, les auxiliaires que cite la RHS, ont besoin de nectar, de pollen et de refuges pour être là au bon moment. Un arbuste hôte d'hiver tout proche, fusain ou pêcher, peut aussi expliquer qu'un coin du jardin soit envahi chaque printemps.

Les fourmis gardent la colonie

Les pucerons rejettent un liquide sucré, le miellat, que les fourmis viennent récolter. En échange, elles protègent la colonie et en chassent les prédateurs, larves de coccinelle comprises, note la RHS. Une colonie gardée par des fourmis résiste bien mieux à tout le reste.

Le repère est simple : si un défilé de fourmis monte et descend le long de la tige, commencez par là. Sur un arbre, une bande de glu autour du tronc coupe la circulation ; l'université de Californie déconseille de l'appliquer directement sur l'écorce d'un jeune arbre et conseille de la poser sur une bande de tissu ou d'adhésif enroulée autour du tronc. Supprimez aussi les ponts : branches qui touchent le sol, un mur ou un autre arbre.

Le miellat a un second effet : une moisissure noire, la fumagine, pousse dessus. La RHS la juge inoffensive pour la plante et rappelle qu'elle s'essuie avec un chiffon humide ; elle signale surtout la présence d'insectes suceurs, pucerons ou aleurodes. D'autres taches suspectes sur vos feuilles ? Le diagnostic du potager et le guide des maladies du potager permettent de faire la différence.

Que faire dans les 48 heures

Face à une colonie installée, l'ordre des gestes compte plus que le produit choisi.

1

Écraser ou doucher

Sur une petite colonie, la RHS conseille simplement de l'écraser entre deux doigts. Sur une plante robuste, un jet d'eau puissant fait tomber les pucerons : la plupart ne remontent pas, et le miellat part avec eux. Faites-le le matin, pour que le feuillage sèche vite.

2

Couper

Quand les pucerons tiennent sur quelques feuilles enroulées ou quelques pousses, le mieux est de couper ces parties et de les sortir du jardin, conseille l'université de Californie. Sur fève, le pincement de la pointe a son propre calendrier, détaillé plus bas.

3

Savon ou huile

Un savon insecticide ou une huile végétale de biocontrôle, vendus en jardinerie, au dosage de l'étiquette. Ils tuent par étouffement, uniquement ce qu'ils mouillent : visez le revers des feuilles, jusqu'au ruissellement.

4

Le second passage

Ces produits ne tuent que les pucerons présents ce jour-là : renouvelez si la colonie repart. Ils ne laissent pas de résidu toxique, donc les auxiliaires qui arrivent ensuite ne sont pas touchés.

⚠️ Les précautions avec le savon et l'huile

Ne traitez pas une plante qui manque d'eau, ni par forte chaleur : l'université de Californie fixe la limite à 32 °C. Testez sur quelques feuilles quelques jours avant de traiter toute la plante, car certaines espèces y sont sensibles. Et gardez en tête que ces produits ne sont pas sélectifs : ils tuent aussi les coccinelles et les larves de syrphe qu'ils touchent, rappelle Jardiner Autrement.

Ce que valent les recettes qui circulent

Beaucoup de recettes circulent. Voici ce que les sources sérieuses en disent, sur une colonie déjà installée.

MéthodeEffetCe qu'il faut savoir
Écraser, jet d'eauEfficace sur ce qui est touchéGratuit, sans effet sur les auxiliaires. À répéter.
Couper les pousses envahiesEfficaceLe meilleur geste quand la colonie est localisée. Sur fève, pincer la pointe au bon moment.
Savon insecticide, huile végétaleEfficace par contactÉtouffe ce qu'il mouille, rien d'autre. Non sélectif, à renouveler, à tester sur quelques feuilles.
Savon noir maisonPas de dose de référenceLes recettes vont d'une à cinq cuillères à soupe par litre. Un produit étiqueté se dose sans deviner.
PyrèthreEfficace, non sélectifInsecticide de biocontrôle qui touche aussi la faune auxiliaire.
Purin d'ortieAu mieux un léger retardBilan des essais compilés par la SNHF. Aucun effet sur une colonie installée.
Décoction d'ail, infusion de tanaisieAucun essai trouvéNous n'avons trouvé aucun essai publié qui permette d'en attendre un effet.

Sources : université de Californie, UC IPM Pest Notes 7404 ; RHS, « Aphids » ; Jardiner Autrement, « Lutter contre les pucerons », 2024 ; SNHF 2012 pour le purin d'ortie. La RHS déconseille de son côté tout pesticide, bio compris, parce qu'il réduit aussi les ennemis naturels des pucerons.

Les auxiliaires à laisser travailler

La RHS cite cinq groupes d'ennemis naturels des pucerons au jardin : coccinelles, carabes, syrphes, guêpes parasitoïdes et perce-oreilles. Au printemps, ils arrivent après les pucerons. Votre rôle : ne pas les tuer, et leur offrir le gîte et le couvert.

À ne pas confondre

La coccinelle

C'est la larve, allongée, grise tachée d'orange, qui fait le gros du travail ; ne la prenez pas pour un ravageur. Là où les fourmis gardent la colonie, elles l'en écartent.

La larve sans pattes

Le syrphe

L'adulte ressemble à une petite guêpe. Sa larve en mange une cinquantaine en 24 heures au dernier stade dans les essais publiés en 2025. Laissez fleurir l'aneth et la coriandre, dont le nectar lui est accessible.

Le nocturne

Le perce-oreille

Sur les arbres fruitiers, il contrôle bien les pucerons sans abîmer l'arbre ni les fruits, selon la RHS. Un pot de fleurs bourré de foin, suspendu dans l'arbre, augmente leur nombre. Au potager, il grignote aussi jeunes feuilles et pétales, surtout de dahlia.

L'invisible

La guêpe parasitoïde

Elle pond dans le puceron, qui devient une « momie » croûteuse brun doré. Quand vous en voyez, la colonie baisse en général nettement en une à deux semaines, observe l'université de Californie. C'est le signal pour ne plus traiter.

Syrphe : Jiang, Li et Wu, Insects, 2025. Perce-oreille : RHS, « Earwigs ». Momies : UC IPM Pest Notes 7404.

Les abris, les fleurs et les périodes d'arrivée de chacun sont détaillés dans notre guide des insectes auxiliaires du jardin.

Plante-piège et plantes à auxiliaires

Deux stratégies coexistent, et il ne faut pas les confondre. La plante-piège attire volontairement les pucerons : la capucine, que le puceron noir colonise volontiers en été, joue ce rôle. L'université de l'État de Washington conseille de la semer avant les légumes et de l'inspecter souvent pour retirer les parties envahies ; laissée sans surveillance, elle laisse les pucerons se multiplier et aggrave le problème.

La plante à auxiliaires, elle, nourrit les adultes des prédateurs. Les ombellifères en fleurs, aneth, coriandre, fenouil, offrent un nectar accessible aux syrphes. Notre guide des fleurs utiles au potager dit quelles fleurs nourrissent les auxiliaires, et celui des associations de plantes ce que la recherche dit des voisinages.

Trois pucerons qui se traitent à part

Le puceron noir de la fève forme des colonies serrées sur les pointes tendres, les tiges florales et le revers des jeunes feuilles. Quand le bouquet de fleurs le plus bas a formé de petites gousses, pincez la pointe des fèves : la RHS note que la plante met alors son énergie dans les gousses et que le puceron, qui recherche les pointes tendres, pose moins de problèmes. Même sur un plant envahi, les fèves restent intactes et comestibles dans leur cosse, et un plant en meurt très rarement.

Le puceron cendré du chou forme des amas gris et farineux. Contrairement à l'aleurode, il ne s'envole pas en nuage blanc quand on le dérange. La RHS le tolère sur la plupart des choux installés, où il nourrit les auxiliaires, mais signale qu'il gêne la croissance du chou kale et des jeunes plants. Inspectez les choux dès le printemps, écrasez les amas, protégez les jeunes plants sous un voile jusqu'à ce qu'ils supportent mieux les piqûres, et arrachez les vieux pieds une fois la récolte finie, pour ne pas contaminer ceux de la saison suivante.

Le puceron lanigère est un puceron noir couvert d'une sécrétion cireuse blanche, qui ne vit que sur le pommier, le cotonéaster et le pyracantha. Au printemps, il repart autour des anciennes plaies de taille, là où l'écorce est fine, puis gagne les jeunes pousses. Les boursouflures qu'il provoque peuvent éclater au gel et laisser entrer le chancre. La RHS conseille de le tolérer quand c'est possible, d'écraser les colonies accessibles et de favoriser les perce-oreilles. Notre guide sur la taille des arbres fruitiers explique comment tailler un pommier.

Le calendrier des interventions

  • Février, mars

    Semer les premières fleurs, poser des pots bourrés de foin dans les fruitiers pour les perce-oreilles. Tout ce qui est fait ici donne de l'avance aux auxiliaires.

  • Avril, mai

    Les pucerons grimpent avant leurs ennemis naturels. Un tour par semaine au revers des feuilles, des fèves et des jeunes choux ; écraser, doucher et couper dès les premiers foyers. Pincer les fèves quand les premières gousses se forment.

  • Juin

    Les auxiliaires arrivent. Larves de coccinelle ou de syrphe dans une colonie, momies brun doré : attendez avant de traiter, la colonie baisse souvent en une à deux semaines.

  • Juillet, août

    Le puceron lanigère atteint son pic sur les pommiers. Au potager, surveillez surtout les repousses tendres, les cultures en pot et les choux.

  • Septembre à novembre

    Les ailés repartent pondre leurs œufs d'hiver sur un arbre ou un arbuste. Arrachez les vieux pieds de chou après la récolte.

Notre position

« Tolérez les pucerons quand c'est possible : il est normal d'en avoir dans un jardin sain et équilibré », écrit la RHS. Un puceron tue très rarement une plante. Les colonies qui gênent se traitent à la main, au jet ou au sécateur, et celles qui reviennent s'expliquent presque toujours par l'azote, les fourmis ou un hôte d'hiver tout proche.

Et quand vous apercevez des larves de coccinelle ou de syrphe, ou des momies brunes, dans une colonie, la meilleure décision est d'attendre une à deux semaines. Un traitement à ce moment-là tuerait la solution avec le problème.

Questions fréquentes

Quel dosage de savon noir contre les pucerons ?

Il n'existe pas de dose de référence pour le savon noir maison : les recettes qui circulent vont d'une à cinq cuillères à soupe par litre. Le plus sûr est un savon insecticide de biocontrôle vendu en jardinerie, dosé selon son étiquette. Dans tous les cas, testez sur quelques feuilles quelques jours avant, ne traitez ni par forte chaleur ni une plante assoiffée, mouillez bien le revers des feuilles et renouvelez si la colonie repart : le savon ne tue que les pucerons qu'il touche.

Pourquoi ai-je toujours des pucerons au même endroit ?

Trois causes reviennent : un excès d'azote soluble, qui favorise leur reproduction selon l'université de Californie ; des fourmis qui gardent la colonie et écartent ses prédateurs ; et un arbre ou un arbuste voisin où les œufs passent l'hiver, le fusain pour le puceron noir de la fève, le pêcher pour le puceron vert. Fractionner la fumure et couper la route des fourmis change davantage la situation qu'un traitement de plus.

Le purin d'ortie tue-t-il les pucerons ?

Non. Les essais compilés par la SNHF montrent au mieux un léger retard d'infestation, et un effet engrais très faible. Contre une colonie installée, écrasez-la, passez-la au jet d'eau ou coupez les pousses envahies.

Faut-il acheter des coccinelles ?

Seulement pour une serre ou une véranda. En plein air, la plupart des coccinelles lâchées se dispersent en quelques jours, observe l'université de Californie, où il a fallu deux lâchers d'environ 1 500 coccinelles à une semaine d'intervalle pour un seul gros rosier très envahi. Si vous en achetez, choisissez la coccinelle à deux points, une espèce locale, jamais la coccinelle asiatique.

Les pucerons sur les fèves, que faire ?

Le puceron noir colonise les pointes tendres. Quand le bouquet de fleurs le plus bas a formé de petites gousses, pincez la pointe du plant : la RHS note que cela limite le puceron et pousse la plante à nourrir ses gousses. Même sur un plant envahi, les fèves restent intactes et comestibles dans leur cosse.

Sources :
  • FREDON Hauts-de-France, fiche Bio'Auxil « Myzus persicae (puceron vert du pêcher) », 2024 : fredon.fr/hauts-de-france
  • M. L. Flint, Pest Notes: Aphids, publication 7404, UC IPM, université de Californie, mise à jour 2013 : ipm.ucanr.edu
  • Royal Horticultural Society, Aphids ; Blackfly (black bean aphid) ; Mealy cabbage aphid ; Woolly aphid ; Earwigs : rhs.org.uk/biodiversity
  • Royal Horticultural Society, How to grow broad beans (pincement des pointes) : rhs.org.uk/vegetables/broad-beans
  • Jardiner Autrement (SNHF, plan Écophyto), Lutter contre les pucerons, 23 avril 2024 : jardiner-autrement.fr
  • K. Wolfe, Trap Cropping, WSU Skagit County Extension, 12 juin 2020
  • Jiang, Li et Wu, essais de prédation des larves de syrphe, Insects, 2025
  • SNHF, bilan des essais sur les purins de plantes, 2012 (voir notre guide du purin d'ortie)