🐌 Lutter contre les nuisibles au naturel
Depuis 2019, les jardiniers n'ont plus accès aux insecticides et aux anti-limaces de synthèse. Il reste les filets, les mains, les auxiliaires et quelques produits de biocontrôle, et une foule de recettes maison dont beaucoup n'ont jamais résisté à un essai sérieux. Ce guide fait le tri ravageur par ravageur, à partir des essais menés en France sur les purins et des fiches de la Royal Horticultural Society, et renvoie vers les guides détaillés quand un ravageur en mérite un.
Vous voyez les dégâts sans connaître le coupable ? Le diagnostic du potager part des trous, des taches et des bêtes visibles.
✅ L'essentiel
- Seuls restent autorisés au jardin les produits de biocontrôle, à faible risque ou utilisables en agriculture biologique avec la mention EAJ.
- Les barrières physiques sont la méthode la plus sûre : un filet posé dès le semis arrête altises, piérides et mouche de la carotte.
- Les purins de plantes n'ont pas fait leurs preuves : dans les essais français, leur effet sur les ravageurs est au mieux très faible.
- Le hérisson n'est pas un mangeur de limaces : elles fournissent moins de 5 % de son énergie, il préfère coléoptères et chenilles.
- Tolérer quelques ravageurs nourrit les auxiliaires qui empêchent les pullulations.
Les règles depuis le 1er janvier 2019
La loi dite Labbé, avancée par la loi de transition énergétique, interdit depuis le 1er janvier 2019 aux particuliers d'acheter, d'utiliser et de stocker des produits phytopharmaceutiques de synthèse dans leur jardin. Les granulés bleus au métaldéhyde, les insecticides de synthèse et les désherbants chimiques ont quitté les rayons grand public.
Trois familles de produits restent autorisées, selon le ministère de l'Agriculture : les produits de biocontrôle, les produits à faible risque, et les produits utilisables en agriculture biologique portant la mention « EAJ », pour emploi autorisé dans les jardins. Si vous avez encore d'anciens flacons au garage, ils se déposent en déchèterie, dans les points de collecte des déchets diffus spécifiques, jamais à l'évier ni à la poubelle.
DRAAF Centre-Val de Loire, « 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers », mis à jour en octobre 2023 ; SNHF, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012.
Observer avant de traiter
Un ravageur sur une feuille n'est pas une infestation. La RHS rappelle par exemple que les altises peuvent être tolérées sur les choux déjà grands, dont on retire les feuilles extérieures, et que les chenilles du chou nourrissent guêpes, parasitoïdes et oiseaux. La bonne méthode tient en quatre étapes, dans cet ordre.
- Identifier
Regardez le ravageur, pas seulement le dégât. Des trous ronds et nets sur des radis signent les altises, des trous irréguliers avec des traces de mucus les limaces, des feuilles enroulées et collantes les pucerons.
- Tolérer
Une plante vigoureuse supporte quelques feuilles abîmées. Les premiers pucerons du printemps attirent les coccinelles et les syrphes : les éliminer tous, c'est retarder l'arrivée des prédateurs.
- Prévenir
Filets posés au semis, rotation des cultures, dates de semis décalées, variétés résistantes : la plupart des ravageurs se gèrent avant leur arrivée.
- Intervenir
Ramassage manuel d'abord, puis, si les dégâts menacent la récolte, un produit de biocontrôle ciblé sur le ravageur identifié.
Les six ravageurs les plus courants
| Ravageur | Dégâts | Ce qui marche | À oublier |
|---|---|---|---|
| Limaces | Jeunes plants rongés la nuit, traces de mucus | Ramassage le soir, collerettes, phosphate ferrique, nématodes | Purin de fougère, bière, cendres |
| Pucerons | Feuilles enroulées, miellat collant | Jet d'eau, savon noir, auxiliaires | Purin d'ortie comme insecticide |
| Doryphore | Feuillage de pomme de terre rasé | Ramassage des adultes, des œufs et des larves, paillage de paille, rotation | Bacillus kurstaki, sans effet sur les coléoptères ; plantes répulsives |
| Mouche de la carotte | Galeries et cicatrices rousses dans les racines | Filet intégral, semis après la mi-mai, variétés résistantes, semis clair | Associations de plantes, absentes des méthodes de la RHS |
| Piérides du chou | Feuilles trouées, chenilles et déjections au cœur | Filet, ramassage des œufs jaunes et des chenilles, Bacillus thuringiensis kurstaki | Traiter quelques chenilles sur un gros chou |
| Altises | Petits trous ronds sur les semis de choux, radis, roquette | Voile ou filet à maille de 0,8 mm dès le semis | Purin de fougère |
RHS, fiches « Carrot fly », « Cabbage caterpillars » et « Flea beetles on brassicas » ; SNHF 2012 pour les purins (essais Serail-Acta sur limaces en 2004 et sur altise du radis en 2002) ; guides JardinZone des limaces, des pucerons et du doryphore pour le détail des méthodes.
La mouche de la carotte mérite une précision de calendrier. Selon la RHS, ses larves éclosent en deux vagues, de fin mai à juin puis en août et septembre. Des carottes semées après la mi-mai et récoltées avant la fin août échappent donc à l'essentiel des attaques. Les variétés tolérantes comme 'Fly Away' ou 'Resistafly' réduisent encore les dégâts. Un semis clair évite l'éclaircissage, dont l'odeur attire les femelles.
Les piérides suivent elles aussi un calendrier. La RHS observe deux vagues de papillons, en juin et juillet puis en août et septembre, et des chenilles de mai à octobre. Retournez les feuilles de chou une fois par semaine pendant ces périodes : les œufs de la grande piéride, jaune pâle et groupés, s'écrasent entre deux doigts bien plus facilement que l'on ne ramasse les chenilles un mois plus tard. Les altises, enfin, sont surtout redoutables sur les semis : selon la RHS, la croissance des plants plus âgés n'est freinée que par de fortes populations. C'est donc sur les semis, jusqu'à ce que les plants aient plusieurs vraies feuilles, qu'un voile est le plus utile.
Les barrières physiques protègent le mieux
Un insecte qui ne peut pas atteindre la plante ne pond pas dessus. C'est la méthode la plus fiable des essais : en 2002, à la station Serail, un voile a réduit très nettement les attaques d'altises sur radis, dans une situation de faible attaque, alors que le purin de fougère pulvérisé tous les trois jours ne faisait pas mieux que l'absence de traitement. La RHS note de même, pour la mouche de la carotte, qu'une couverture complète est plus efficace qu'une barrière partielle.
⚠️ Un filet posé trop tard protège les ravageurs
Dans un essai du Ctifl sur laitue rapporté par la SNHF, les voiles posés sur une culture déjà colonisée ont favorisé les pucerons, enfermés avec les plantes dans un air plus chaud. Un filet se pose le jour du semis ou de la plantation, bords enterrés, sur une planche qui n'a pas porté la même famille l'année précédente.
Le choix de la maille dépend du plus petit insecte à arrêter : environ 1,3 mm suffit pour les papillons et la mouche de la carotte, 0,8 mm pour les altises, comme le conseille la RHS. Le guide des filets anti-insectes détaille les mailles, la pose et les risques de surchauffe. Contre les limaces, les barrières utiles sont différentes : collerettes autour des jeunes plants et terre nue autour du collet, détaillées dans le guide des limaces.
Le menu des auxiliaires
Les larves et les adultes de coccinelle sont d'importants prédateurs de pucerons, rappelle l'INRAE, tout comme les larves de syrphes et de chrysopes. Les mésanges nourrissent leurs nichées de chenilles. Ces auxiliaires arrivent quand il y a de quoi manger : un potager sans aucun puceron au printemps n'en attire pas. Le guide des insectes auxiliaires explique comment les accueillir, et celui des fleurs utiles quelles plantes les nourrissent.
Le hérisson, en revanche, n'est pas le chasseur de limaces que l'on décrit souvent. La Mammal Society britannique indique qu'il mange surtout des coléoptères, des perce-oreilles, des vers de terre et des chenilles. Dans une étude citée par Butterfly Conservation sur 137 hérissons en Angleterre, 74 % avaient mangé des coléoptères, 49 % des chenilles, 34 % des vers de terre et seulement 23 % des limaces. Limaces et escargots couvrent moins de 5 % de ses besoins en énergie. Il reste le bienvenu, mais il ne protégera pas vos salades.
INRAE Ephytia, fiche Adalia bipunctata ; Mammal Society, « European hedgehog » ; Butterfly Conservation, « Hedgehogs need butterflies and moths ».
Les granulés anti-limaces et les raticides sont à éviter là où vivent des hérissons, conseille la Mammal Society.
Les préparations maison à l'épreuve des essais
Purins d'ortie, de fougère ou de prêle, décoctions d'ail ou de tanaisie : les recettes se transmettent de jardin en jardin. En 2012, le conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France a rassemblé quinze ans d'essais menés par le Ctifl, l'IFV et l'Iteipmai. Sa conclusion sur les ravageurs est sans ambiguïté : les effets des purins sont difficiles à mettre en évidence, au mieux très faibles, voire inexistants, avec dans les meilleurs cas un léger retard d'infestation des pucerons.
| Essai | Préparation | Résultat |
|---|---|---|
| Limaces sur laitue, Serail-Acta 2004 | Purin de fougère à 10 % | 1 % de limaces mortes à 5 jours, comme le témoin. Phosphate ferrique : 21 % |
| Altise du radis, Serail 2002 | Purin de fougère tous les 3 jours | Pas de différence avec le témoin. Voile : efficace |
| Pucerons sur laitue, Sileban-Ctifl 2000 | Purin d'ortie, 8 pulvérisations | Léger retard d'infestation et aucune différence à la récolte |
| Pucerons sur pêcher, Grab-Serfel 2003 | Purins d'ortie, de fougère et de prêle | Aucune efficacité significative |
SNHF, conseil scientifique, J.-L. Bernard, J. My et D. Veschambre, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012, tableaux XIV à XVIII.
Le savon noir est un cas à part : il agit par contact sur les pucerons qu'il touche, sans effet préventif. Sa dose et ses précautions sont dans le guide des pucerons. Les préparations faites maison à base de plantes relèvent par ailleurs d'un cadre réglementaire précis, celui des préparations naturelles peu préoccupantes : seules certaines plantes et substances y sont admises.
Les produits de biocontrôle utiles au potager
Quand le ramassage ne suffit plus, quelques produits restent disponibles pour les jardiniers. Ils ont un point commun : ils visent un groupe de ravageurs précis, ce qui oblige à bien identifier le coupable avant d'acheter.
| Produit | Cible | Remarque |
|---|---|---|
| Bacillus thuringiensis kurstaki | Chenilles (piérides, noctuelles) | Pulvérisé sur les chenilles, sans effet sur les coléoptères |
| Phosphate ferrique | Limaces et escargots | Granulés utilisables en agriculture biologique, en renfort ponctuel |
| Nématodes Phasmarhabditis | Limaces | Arrosés sur un sol humide à plus de 5 °C |
| Nématodes Steinernema | Larves de mouche de la carotte | S. feltiae au printemps, S. carpocapsae en été, selon la RHS |
| Savon de potassium du commerce | Pucerons | Agit par contact, à renouveler |
RHS, « Carrot fly » (nématodes) ; guides JardinZone des limaces, des pucerons et du doryphore. Vérifiez sur l'emballage la mention EAJ ou la catégorie biocontrôle avant achat.
Les ravageurs selon votre climat
| Zone | Pression principale | Ce qui change |
|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Limaces | Étés doux et humides : les limaces restent actives toute la saison. Protégez chaque semis et chaque jeune plant, et ramassez après les pluies. |
| Atlantique | Limaces | Hivers doux et pluies régulières : les limaces sont présentes presque toute l'année. Les collerettes et la chasse du soir passent avant tout. |
| Centre | Pucerons et doryphores | Printemps et étés chauds favorisent les pucerons et plusieurs générations de doryphores. Inspectez les pommes de terre chaque semaine de mai à août. |
| Sud-Ouest | Doryphores et altises | Saison longue : davantage de générations de doryphores. Les semis de crucifères par temps sec se protègent sous voile. |
| Méditerranée | Altises | La chaleur sèche favorise les altises sur les semis de radis, roquette et choux. Semez à l'automne ou sous filet fin, et gardez le sol frais. |
| Montagne | Pression plus faible | Saison courte : moins de générations de ravageurs. Les limaces restent le principal souci au printemps humide. |
Notre position
Investissez dans un filet à maille fine plutôt que dans des pulvérisateurs : posé dès le semis sur les choux, les carottes et les radis, il règle à lui seul trois des six ravageurs les plus courants. Pour les limaces, la lampe de poche du soir et les collerettes restent imbattables, le phosphate ferrique en renfort.
Laissez les purins aux fleurs et au compost, et gardez les produits de biocontrôle pour les vraies urgences, après avoir identifié le ravageur. Un potager qui tolère quelques pucerons et quelques chenilles nourrit les auxiliaires qui l'empêchent de déborder.
Questions fréquentes
Quels produits contre les nuisibles sont encore autorisés au jardin ?
Depuis le 1er janvier 2019, les particuliers ne peuvent plus acheter, utiliser ni stocker de produits phytopharmaceutiques de synthèse. Restent autorisés les produits de biocontrôle, les produits à faible risque et les produits utilisables en agriculture biologique portant la mention EAJ, comme le phosphate ferrique contre les limaces ou le Bacillus thuringiensis contre les chenilles.
Le purin d'ortie éloigne-t-il les pucerons ?
Les essais ne le confirment pas. Dans le bilan publié en 2012 par la Société nationale d'horticulture de France, le purin d'ortie pulvérisé huit fois sur laitue n'a provoqué qu'un léger retard d'infestation, sans différence à la récolte, et les purins testés sur pêcher n'ont montré aucune efficacité significative. Le jet d'eau et le savon noir agissent mieux.
Le hérisson mange-t-il les limaces ?
Un peu, mais beaucoup moins qu'on le croit. Dans une étude sur 137 hérissons en Angleterre, seuls 23 % avaient mangé des limaces, contre 74 % des coléoptères et 49 % des chenilles. Limaces et escargots couvrent moins de 5 % de ses besoins en énergie. Il ne suffit pas à protéger un potager.
Comment protéger ses carottes de la mouche de la carotte ?
Couvrez entièrement la planche d'un filet anti-insectes dès le semis, semez clair pour éviter l'éclaircissage, et décalez les dates : selon la RHS, des carottes semées après la mi-mai et récoltées avant la fin août échappent à l'essentiel des deux vagues de larves. Les variétés tolérantes comme Resistafly réduisent encore les dégâts.
Faut-il éliminer tous les pucerons du potager ?
Non. Les premiers pucerons du printemps attirent les coccinelles, les syrphes et les chrysopes, dont les larves les dévorent. Intervenez seulement quand une colonie menace une jeune plante, par un jet d'eau ou du savon noir sur la zone touchée, et laissez le reste aux auxiliaires.
- DRAAF Centre-Val de Loire, 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers, mis à jour le 19 octobre 2023 : draaf.centre-val-de-loire.agriculture.gouv.fr
- Société nationale d'horticulture de France, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, Protection des plantes, tradition et macération d'ortie, 2012 : jardiner-autrement.fr
- Royal Horticultural Society, Carrot fly : rhs.org.uk/biodiversity/carrot-fly
- Royal Horticultural Society, Cabbage caterpillars : rhs.org.uk/biodiversity/cabbage-caterpillars
- Royal Horticultural Society, Flea beetles on brassicas and allied plants : rhs.org.uk/biodiversity/flea-beetles-on-brassicas-and-allied-plants
- INRAE, Ephytia, Biocontrôle, Adalia bipunctata : ephytia.inrae.fr
- Mammal Society, European hedgehog : mammal.org.uk/british-mammals/european-hedgehog
- Butterfly Conservation, Hedgehogs need butterflies and moths : butterfly-conservation.org