🤍 Les aleurodes
On soulève une feuille de chou kale ou de tomate, et un petit nuage blanc s'envole. Ce sont des aleurodes, qu'on appelle aussi mouches blanches, bien qu'elles soient plus proches des pucerons que des mouches. Au potager, deux espèces se partagent le terrain : l'aleurode du chou, qui vit dehors toute l'année sur les choux, et l'aleurode des serres, qui envahit tomates, concombres et poivrons sous abri. Elles se ressemblent, mais ne se combattent pas de la même façon : la guêpe auxiliaire qu'on achète contre l'une ne fait rien contre l'autre. Voici comment les reconnaître, quand s'en inquiéter et comment limiter leurs populations.

✅ L'essentiel
- Deux espèces distinctes : l'aleurode du chou en plein air, l'aleurode des serres sous abri et sur les plantes d'intérieur.
- Le vrai dégât, c'est la fumagine : une moisissure noire qui pousse sur le miellat et salit les feuilles et les choux de Bruxelles.
- Au potager, l'hygiène prime : broyer et enfouir les restes de choux après la récolte, supprimer les laiterons.
- Un filet de 0,5 à 0,8 mm posé tôt protège les choux-fleurs, brocolis et choux kale jusqu'en août.
- En serre, Encarsia formosa, introduite tôt, est la méthode biologique établie. Elle ne marche pas sur l'aleurode du chou.
Reconnaître les aleurodes
Les aleurodes sont des insectes piqueurs-suceurs, de la famille des Aleyrodidae, qui vivent sous les feuilles. Les adultes mesurent environ 1,5 mm, ont des ailes blanches poudrées de cire et s'envolent en nuée dès qu'on dérange la plante. Ce qu'on voit moins, ce sont les stades immatures : de petites écailles plates et ovales, collées à la face inférieure des feuilles, qui ressemblent à des cochenilles. Seul le tout premier stade larvaire bouge ; les suivants restent fixés à la feuille où ils sont nés.
Adultes et larves aspirent la sève et rejettent l'excédent de sucres sous forme de miellat, une substance collante qui couvre les feuilles. En quelques jours, des champignons noirs s'installent sur ce miellat : c'est la fumagine. Elle n'attaque pas la plante, mais réduit la lumière qu'elle reçoit et salit tout ce qu'on récolte. La RHS note que la fumagine signale presque toujours la présence d'insectes suceurs, aleurodes, pucerons ou cochenilles.
Agroscope, fiche technique n° 123, « La mouche blanche du chou (Aleyrodes proletella) », C. Sauer et A. Guyer, 2020 ; RHS, « Glasshouse whitefly » et « Cabbage whitefly ».
Aleurode du chou ou aleurode des serres
La RHS insiste sur deux points pratiques : l'aleurode des serres ne se nourrit pas sur les choux de plein air, et l'auxiliaire vendu contre elle ne parasite pas l'aleurode du chou. La plante où on les trouve suffit presque toujours à les identifier.
Aleurode du chou
- Aleyrodes proletella
- En plein air, toute l'année, sur les choux
- Ailes marquées de taches gris pâle
- Hiverne à l'état adulte sur les choux en place
- Régulée par des Encarsia indigènes et les syrphes
Aleurode des serres
- Trialeurodes vaporariorum
- Sous abri et sur les plantes d'intérieur
- Tomate, concombre, melon, poivron, fuchsia
- Survit rarement à l'hiver dehors
- Combattue par Encarsia formosa, vendue en lutte biologique
RHS, « Cabbage whitefly » et « Glasshouse whitefly » ; Agroscope, fiche n° 123.
L'aleurode du chou préfère le chou de Bruxelles, le chou kale, le chou-fleur et le brocoli, mais elle s'installe aussi sur le chou-rave, le colza, la moutarde et des plantes sauvages comme les laiterons. L'aleurode des serres, elle, vit sur un grand nombre de légumes et de fleurs sous abri, et peut sortir au jardin pendant les étés chauds.
Le cycle de l'aleurode du chou
Le développement dépend fortement de la température. À 20-22 °C, Agroscope compte environ 28 jours de l'œuf à l'adulte, dont huit pour l'œuf. En Suisse alémanique, cela donne quatre à cinq générations par an, et jusqu'à six lors des étés très chauds, quand des pullulations apparaissent dès juin ou juillet.
- Hiver
Les femelles adultes survivent sur les choux restés en place et pondent dès que la température dépasse 10 °C lors des hivers doux.
- Fin mai à juin
Quand la moyenne des températures dépasse régulièrement 16 °C, les aleurodes quittent les cultures d'hiver et colonisent les jeunes choux.
- Juillet à septembre
Générations successives et pullulations, surtout les étés chauds. Le miellat et la fumagine apparaissent.
- Août à septembre
Les auxiliaires indigènes, syrphes et Encarsia tricolor, peuvent faire baisser les populations, sans les effondrer.
- Automne
Les adultes passent sur les choux d'hiver, choux de Bruxelles et kale, qui assurent la survie jusqu'au printemps.
Agroscope, fiche technique n° 123, 2020 (températures, durées et nombre de générations relevés en Suisse).
Agroscope ajoute un point qui compte au jardin : le vent peut transporter les aleurodes sur un kilomètre ou plus, d'une culture infestée vers une autre. Un potager voisin de champs de colza, ou d'autres jardins garnis de choux d'hiver, sera recolonisé quoi qu'on fasse. La RHS fait le même constat pour les jardins familiaux, où les parcelles voisines servent de réservoir.
Tolérer ou agir
Avant de chercher à s'en débarrasser, il faut savoir ce qu'elles coûtent à la récolte. La RHS est claire : les choux tolèrent généralement bien l'aleurode, qui a peu d'effet sur leur croissance. Le problème est la fumagine, et il ne pèse que sur les cultures dont on mange les feuilles ou les pommes serrées. Sur le chou kale, dont on récolte les jeunes feuilles, et sur le chou de Bruxelles, dont les pommes se salissent, elle conseille d'agir ; ailleurs, elle conseille de tolérer.
Pour les maraîchers, Agroscope fixe un seuil d'intervention à 10 à 20 aleurodes par plante, en additionnant adultes, pontes et larves, et recommande de contrôler au moins cinq plantes en bordure et cinq à l'intérieur de la planche. Au jardin, un contrôle hebdomadaire des jeunes feuilles du cœur, où se tiennent les adultes et leurs pontes, suffit à voir venir.
Des choux simplement couverts de quelques aleurodes et d'un peu de fumagine se récupèrent : retirez les feuilles extérieures, et lavez les feuilles et les pommes à l'eau avant de les cuisiner.
L'hygiène des restes de choux
C'est la mesure la plus efficace et la moins connue. Les aleurodes du chou passent l'hiver sur les choux restés en place, et ce sont eux qui recolonisent les plantations du printemps. Agroscope juge indispensable de broyer et d'enfouir superficiellement toutes les cultures de choux juste après la dernière récolte, déchets compris. Au jardin, cela revient à arracher les tiges de choux de Bruxelles et les pieds de kale dès qu'ils ne produisent plus, plutôt que de les laisser tout l'hiver.
Trois autres gestes complètent l'hygiène. Planter les choux de printemps aussi loin que possible des choux d'hiver encore en place. Éviter les engrais verts de la famille du chou, moutarde en tête, qu'Agroscope classe parmi les sources d'infestation. Et supprimer les laiterons, plantes hôtes très communes au potager. Le guide pour désherber sans produits et celui des engrais verts aident à choisir d'autres couverts.
Agroscope, fiche technique n° 123, 2020 ; RHS, « Cabbage whitefly ».
Un filet fin efficace jusqu'en août
Agroscope a testé les filets contre l'aleurode du chou. Avec des mailles fines de 0,5 à 0,8 mm, posés assez tôt sur les choux-fleurs, brocolis et choux frisés, les attaques restent à un niveau relativement bas jusqu'au mois d'août. Mais sur les cultures longues, comme le chou de Bruxelles, l'efficacité devient insuffisante en fin d'été : avec la pullulation, de plus en plus d'aleurodes passent, et des pontes ont été observées à travers une maille de 0,9 mm. D'août à octobre, les choux couverts finissaient presque aussi attaqués que les autres.
Pour en tirer le meilleur, Agroscope conseille d'ouvrir le filet le moins souvent possible, et de faire les travaux le matin, par temps frais et couvert, quand les aleurodes sont peu actives, plutôt qu'en plein soleil. Il faut aussi rehausser le dispositif à mesure que les choux grandissent, pour que les feuilles ne touchent jamais la maille. Notre guide des filets anti-insectes détaille les mailles et la pose sur arceaux.
Un filet posé sur des choux déjà infestés ne sert à rien : il enferme les aleurodes présentes avec les plants. Posez-le à la plantation, sur des plants sains, loin des choux d'hiver.
Les auxiliaires du potager
Au potager, l'aleurode du chou a ses propres ennemis. La RHS cite les coccinelles, les guêpes et les carabes, ainsi que des petites guêpes parasitoïdes indigènes du genre Encarsia, qui pondent dans les larves d'aleurode. Agroscope a observé dans les cultures de choux, dès juin ou juillet, les larves de syrphes, du syrphe ceinturé notamment, qui dévorent œufs et larves, et la microguêpe Encarsia tricolor, capable de former de fortes populations en fin d'été. Les larves parasitées prennent une teinte brun foncé.
Ces auxiliaires peuvent faire baisser nettement les populations en août ou en septembre, mais Agroscope prévient qu'il ne faut pas en attendre un effondrement complet. Ils ne sont pas vendus dans le commerce : on les favorise en évitant les traitements à large spectre, en laissant fleurir quelques plantes qui nourrissent les syrphes adultes, comme le montre le guide des fleurs utiles au potager, et en apprenant à reconnaître les larves de syrphes pour ne pas les écraser. Le guide des insectes auxiliaires en présente les principaux.
Dans la serre : Encarsia et l'aération
Sous abri, l'aleurode des serres trouve des conditions idéales. La RHS indique que son cycle dure plusieurs mois à 10 °C, mais environ trois semaines à 21 °C, que chaque femelle peut pondre plus de 200 œufs, et que les mâles sont rares : la reproduction se fait sans fécondation. Une serre chaude peut donc passer de quelques individus à une infestation en un mois.
La méthode biologique établie est la petite guêpe Encarsia formosa, vendue par les fournisseurs de lutte biologique. Elle pond dans les larves d'aleurode, qui noircissent et meurent. Elle n'agit pas immédiatement : la RHS conseille de l'introduire avant que les plantes ne soient fortement atteintes, dès les premiers adultes. Un acarien prédateur d'œufs, Amblyseius andersoni, est parfois proposé en complément.
- Examinez chaque plante avant de la faire entrer : les aleurodes arrivent le plus souvent avec un plant acheté.
- Retirez les plantes inutiles qui leur servent de relais, fleurs en pot oubliées, repousses.
- Aérez largement : la RHS note que la ventilation limite la fumagine.
- Videz et nettoyez la serre en hiver : l'aleurode peut y rester active toute l'année si des plantes hôtes demeurent, même sans chauffage.
- Utilisez les pièges jaunes avec mesure : ils servent à repérer les adultes, pas à les éliminer, et capturent aussi les Encarsia.
RHS, « Glasshouse whitefly ».
Notre guide de la serre et des châssis détaille l'aération et l'organisation d'une serre de jardin.
Les produits en dernier recours
Agroscope rappelle que lorsqu'on voit un vol massif d'aleurodes en entrant dans une culture, il est souvent trop tard pour qu'un traitement donne un bon résultat : la fumagine n'est plus qu'une question de temps. Les larves, fixées sous les feuilles et protégées par leur cire, sont difficiles à atteindre. Un traitement n'a de sens qu'au moment de l'éclosion des larves, en mouillant bien la face inférieure des feuilles.
Aucun insecticide de synthèse n'est autorisé aux jardiniers amateurs depuis 2019. Avant d'utiliser un produit de biocontrôle, vérifiez sur le site E-Phy de l'Anses qu'il porte la mention « emploi autorisé dans les jardins » et un usage contre les aleurodes sur votre culture. Gardez en tête qu'un produit qui touche les aleurodes touche aussi les syrphes et les Encarsia qui les régulent.
Chaque méthode face aux sources
| Méthode | Ce que disent les sources | Notre avis |
|---|---|---|
| Broyer et enfouir les restes de choux | Indispensable : les choux d'hiver entretiennent la population (Agroscope) | À faire |
| Filet de 0,5 à 0,8 mm posé à la plantation | Attaques basses jusqu'en août ; insuffisant sur les cultures longues (Agroscope) | À faire sur kale et chou-fleur |
| Tolérer sur les choux pommés | Peu d'effet sur la croissance (RHS) | Raisonnable |
| Favoriser syrphes et Encarsia indigènes | Baisse des populations en fin d'été, sans effondrement (Agroscope) | Utile |
| Encarsia formosa en serre | Méthode établie contre l'aleurode des serres, à introduire tôt (RHS) | À faire sous abri |
| Encarsia formosa sur les choux | Ne parasite pas l'aleurode du chou (RHS) | Inutile |
| Pièges jaunes | Surveillance seulement, capturent les auxiliaires (RHS) ; peu adaptés (Agroscope) | Repérage |
Agroscope, fiche technique n° 123, 2020 ; RHS, « Cabbage whitefly » et « Glasshouse whitefly ».
Le calendrier selon votre climat
L'aleurode du chou suit la chaleur : elle colonise les jeunes choux quand la moyenne des températures dépasse régulièrement 16 °C, et pullule les étés chauds. Ces repères sont indicatifs.
| Zone | Colonisation des jeunes choux, à titre indicatif | Pic | Nos conseils |
|---|---|---|---|
| Nord et Nord-Est | Juin | Août, septembre | Proximité fréquente du colza : arrachez les choux d'hiver dès la fin des récoltes et couvrez les choux-fleurs d'été. |
| Atlantique | Fin mai, juin | Août, septembre | Hivers doux : les adultes pondent même en hiver sur les choux en place, d'où l'importance du nettoyage. |
| Centre | Juin | Juillet à septembre | Filet sur le kale et les choux-fleurs dès la plantation ; tolérance sur les choux pommés. |
| Sud-Ouest | Mai | Juillet à septembre | Étés chauds favorables aux pullulations : protégez tôt et récoltez le kale jeune. |
| Méditerranée | Mai, parfois présente tout l'hiver | Juin à octobre | Préférez les choux d'automne et d'hiver plantés tard, et surveillez de près les serres, où l'aleurode des serres prospère. |
| Montagne | Juillet | Août | Pression souvent plus faible : la surveillance des jeunes feuilles suffit en général. |
Conseils indicatifs JardinZone, d'après le seuil de 16 °C et les observations d'Agroscope (hivers doux, étés chauds, colza voisin).
Notre position
Au potager, ne cherchez pas à éliminer l'aleurode du chou : cherchez à casser son hiver. Arrachez les choux de Bruxelles et le kale dès la fin des récoltes, plantez les choux de printemps loin de ceux qui restent, couvrez d'un filet fin le kale et les choux-fleurs, et laissez les syrphes travailler. Sur les choux pommés, quelques aleurodes ne méritent aucune intervention.
Dans la serre, inspectez chaque plante qui entre, aérez, introduisez Encarsia formosa dès les premiers adultes et videz la serre l'hiver.
Questions fréquentes
Les aleurodes du chou sont-elles dangereuses pour la récolte ?
Rarement pour la croissance : la RHS note que les choux les tolèrent bien. Le problème est la fumagine, une moisissure noire qui se développe sur le miellat qu'elles rejettent et salit les feuilles de chou kale et les pommes des choux de Bruxelles. Elles se lavent, mais un chou très infesté devient peu appétissant.
Encarsia formosa marche-t-elle contre l'aleurode du chou ?
Non. Cette petite guêpe vendue pour la lutte biologique parasite l'aleurode des serres, pas celle du chou, précise la RHS. Au potager, ce sont des Encarsia indigènes, comme Encarsia tricolor, et les larves de syrphes qui régulent l'aleurode du chou, surtout en fin d'été.
Quel filet contre les aleurodes ?
Une maille fine. Agroscope a obtenu une bonne protection jusqu'au mois d'août avec des filets de 0,5 à 0,8 mm posés tôt sur les choux-fleurs, brocolis et choux frisés, mais a observé des pontes à travers une maille de 0,9 mm. Sur les cultures longues comme le chou de Bruxelles, le filet finit par laisser passer les aleurodes en fin d'été.
Les pièges jaunes suffisent-ils contre les aleurodes ?
Non. La RHS les présente comme un moyen de surveiller l'activité des adultes plutôt que de les combattre, et rappelle qu'ils capturent aussi les guêpes auxiliaires. Agroscope les juge peu adaptés au suivi de l'aleurode du chou, qu'on repère mieux en retournant les jeunes feuilles.
Comment éviter les aleurodes dans la serre l'année suivante ?
En vidant et en nettoyant la serre en hiver, en retirant les plantes qui n'ont rien à y faire, et en examinant chaque nouvelle plante avant de l'y installer. L'aleurode des serres ne survit généralement pas à l'hiver dehors, mais elle peut rester active toute l'année dans une serre non chauffée si des plantes hôtes y restent.
- C. Sauer et A. Guyer, La mouche blanche du chou (Aleyrodes proletella), Agroscope, fiche technique n° 123, 2020 : ira.agroscope.ch/fr-CH/publication/44666
- Royal Horticultural Society, Cabbage whitefly : rhs.org.uk/biodiversity/cabbage-whitefly
- Royal Horticultural Society, Glasshouse whitefly : rhs.org.uk/biodiversity/glasshouse-whitefly
- Anses, E-Phy, catalogue des produits phytopharmaceutiques et de leurs usages : ephy.anses.fr