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♻️ Faire son compost

Épluchures, marc de café, tontes et feuilles mortes deviennent en quelques mois un amendement sombre et friable qui sent le sous-bois. La recette tient à quatre réglages : autant de déchets humides que de déchets secs, de l'air, une humidité d'éponge essorée et de la patience. Voici la méthode, ce qui va au composteur, comment diagnostiquer un tas qui sent mauvais, et les doses à épandre selon les légumes.

Bac à compost en bois rempli de tomates abîmées, de carottes et de fanes de légumes
Photo : Pexels

✅ L'essentiel

  • Moitié humides, moitié secs : épluchures et tontes d'un côté, feuilles mortes, carton brun et broyat de l'autre.
  • Un brassage par mois au minimum apporte l'oxygène dont les micro-organismes ont besoin et supprime les odeurs.
  • Le test de la poignée : quelques gouttes doivent perler quand on serre. Rien ne coule, c'est trop sec. Ça ruisselle, c'est trop humide.
  • Quatre à six mois en bac, six à douze mois en tas pour un compost mûr, selon l'ADEME.
  • Jamais de semis dans le compost pur : trop riche, il se mélange toujours à la terre.

Une décomposition qui demande de l'air

Composter consiste à confier ses déchets organiques à des bactéries, des champignons, puis à toute une faune de vers, cloportes et acariens, en leur donnant les conditions qu'ils préfèrent. Ces organismes respirent : privés d'oxygène, ils laissent la place à d'autres micro-organismes qui produisent des gaz malodorants. Un compost qui sent l'œuf pourri manque d'air.

La décomposition passe par deux grandes familles de micro-organismes. Les mésophiles démarrent le travail entre 20 et 45 °C. Quand le tas est assez gros et bien équilibré, leur activité fait monter la température et cède la place aux thermophiles, dont l'optimum se situe entre 50 et 70 °C. Puis le tas refroidit, les vers et les champignons prennent le relais, et la matière se transforme lentement en humus. Cette dernière phase, la maturation, est la plus longue.

50 / 50déchets humides et déchets secs, en volume
25 à 30rapport carbone sur azote idéal du mélange de départ
40 à 65 %teneur en eau à maintenir dans le tas
4 à 12 moispour un compost mûr, selon la méthode

Proportions et durées : guide ADEME « Comment réussir son compost ? », juillet 2024. Rapport carbone sur azote, humidité et températures : FAO, « Méthodes de compostage au niveau de l'exploitation agricole ».

Le mélange des déchets humides et des déchets secs

Les micro-organismes consomment environ vingt-cinq à trente atomes de carbone pour un atome d'azote. Les déchets humides, verts et tendres, apportent l'azote et l'eau. Les déchets secs, bruns et fibreux, apportent le carbone et une structure qui laisse passer l'air. Personne ne mesure un rapport chimique au fond de son jardin : la règle pratique de l'ADEME, la moitié de chaque, suffit à tomber dans la bonne fourchette.

Le déséquilibre se lit vite. Trop de déchets humides, et le tas se tasse, s'asphyxie et sent l'ammoniac. Trop de déchets secs, et il ne se passe plus rien : un carton posé seul reste un carton pendant des mois. La difficulté vient de la saison, puisque la cuisine produit des épluchures toute l'année alors que les feuilles mortes arrivent en novembre. Gardez donc un sac ou un bac de matière sèche à côté du composteur et puisez-y à chaque apport.

Déchets humides riches en azote

  • Épluchures, fanes et fruits ou légumes abîmés.
  • Marc de café avec son filtre, thé avec son sachet en papier.
  • Tontes de gazon, à étaler en couche fine.
  • Restes de repas végétaux, pain, laitages en petite quantité.

Déchets secs riches en carbone

  • Feuilles mortes, paille, branchages broyés.
  • Carton brun, boîtes d'œufs, rouleaux de papier toilette.
  • Sciure et copeaux de bois non traité.
  • Essuie-tout et mouchoirs en papier.

La liste de ce qui va au composteur

L'ADEME classe les déchets en trois catégories. La liste surprend souvent, parce qu'elle accepte des déchets que beaucoup de guides interdisent : le pain, les laitages et les croûtes de fromage vont au compost sans difficulté, et la viande y est tolérée en petits morceaux enfouis au centre du tas, hors d'atteinte des animaux.

CatégorieDéchets concernésPourquoi
Sans hésiterÉpluchures, fanes, marc de café, filtres en papier, pain, laitages, croûtes de fromage, mouchoirs, essuie-tout, cendres de bois, sciure, copeaux, carton brun, tontes, feuilles mortes, tailles de haie, paille, fleurs fanéesIls se décomposent sans difficulté et équilibrent le mélange.
Avec modérationTailles et branches non broyées, noyaux, trognons de chou, plantes montées en graines, coquilles d'œufs et coquillages, viande en petits morceaux, végétaux maladesDécomposition lente, graines qui survivent et regermeront, risque de propager une maladie ou d'attirer les animaux.
JamaisVerre, métal, plastiques, tissus, contenu des sacs d'aspirateur, couches, sacs plastiques, huiles de vidange, bois peint ou verniIls ne se décomposent pas ou polluent le compost. Direction la déchèterie.

Classement repris du guide ADEME « Comment réussir son compost ? », juillet 2024.

Les cendres de bois figurent parmi les déchets acceptés, mais elles relèvent nettement le pH. Sur une terre déjà calcaire, saupoudrez-les en couche fine et espacez les apports. Les coquilles d'œufs ne se décomposent presque pas : elles aèrent le tas et apportent un peu de calcium, ce qui suffit à justifier leur présence, à condition de les écraser.

Bac ou tas ou lombricomposteur

Le choix dépend surtout de la place et de la patience. Le bac fermé travaille plus vite et protège des animaux. Le tas à l'air libre ne coûte rien et accepte de gros volumes, au prix d'une maturation plus lente. Le lombricomposteur, une colonne de plateaux peuplée de vers, tient sur un balcon ou dans une cuisine et produit le compost le plus rapidement.

MéthodeCompost mûrAtoutsLimites
Bac fermé4 à 6 moisPeu encombrant, protégé des intempéries, fermé aux rongeurs avec un grillage au fondBrassage moins commode, volume limité
Tas à l'air libre6 à 12 moisGratuit, volume libre, aération et brassage facilesAccessible aux animaux, exposé à la pluie, visible depuis le jardin
LombricomposteurDès 3 moisTient en appartement, pas de brassage, produit un engrais liquideRégime limité pour les vers, environ 500 vers pour 100 g de déchets par jour

Durées et repères : guide ADEME « Comment réussir son compost ? », juillet 2024.

Le lombricomposteur a ses propres règles : les vers n'acceptent ni ail, ni oignon, ni poireau, et le démarrage demande deux à trois semaines d'acclimatation sur une litière de carton humide. Notre guide sur le lombricompostage détaille son installation. Pour un potager de taille ordinaire, le bac reste le meilleur compromis, et deux bacs côte à côte valent mieux qu'un grand : l'un se remplit pendant que l'autre mûrit.

Installer et démarrer un composteur

L'emplacement compte autant que la recette. L'ADEME recommande un endroit mi-ombragé, posé directement sur la terre pour que les vers et les micro-organismes du sol colonisent le tas par le dessous. En plein soleil, le compost se dessèche l'été. À l'ombre dense d'un conifère, il reste froid et détrempé.

  • Le bon moment

    Le printemps ou l'automne, quand la température et l'humidité favorisent un démarrage rapide. L'automne a un avantage : les feuilles mortes fournissent la matière sèche dont vous aurez besoin pendant des mois.

  • Le sol

    Ameublissez la terre à l'emplacement choisi. Si les rongeurs sont fréquents chez vous, posez au fond d'un bac un grillage métallique à mailles fines qui remonte de 10 cm sur les parois intérieures.

  • La sous-couche

    Une couche de branches et de brindilles broyées, 5 cm d'épaisseur en bac et 10 cm pour un tas. Elle draine et laisse entrer l'air par le dessous.

  • Les premiers apports

    Alternez déchets humides et déchets secs, coupés en morceaux. Un trognon entier met des mois à disparaître, coupé en quatre il file en quelques semaines.

  • Le tas plein

    En tas, quand il atteint 1 m à 1,5 m de haut, retournez-le et laissez-le reposer, puis démarrez le suivant à côté. En bac, passez au second bac.

L'entretien de semaine en semaine

Un compost réussi demande peu de temps mais de la régularité. Trois gestes suffisent. Fragmentez les déchets, à la main pour la cuisine et au sécateur ou au broyeur pour les tailles. Brassez au moins une fois par mois avec une fourche, un aérateur ou une tige en spirale, en ramenant l'extérieur vers le centre. Et surveillez l'humidité avec le test de la poignée.

Le test se pratique en dix secondes. Prenez une poignée au cœur du tas et serrez. Si quelques gouttes perlent entre les doigts, l'humidité est bonne. Si l'eau coule, le tas est trop humide : ajoutez des déchets secs et brassez. Si rien ne sort et que la matière s'effrite, il est trop sec : arrosez, ou laissez le couvercle ouvert lors d'une pluie.

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Placez un seau à couvercle sous l'évier et un sac de feuilles mortes à côté du composteur. À chaque vidage du seau, une poignée de feuilles par-dessus : l'équilibre se fait tout seul, sans calcul et sans odeur.

Diagnostiquer un compost qui va mal

Presque tous les problèmes viennent d'un excès d'eau, d'un manque d'air ou d'un mélange déséquilibré. Le tableau ci-dessous part de ce que vous constatez.

Ce que vous constatezCause probableCorrection
Odeur d'œuf pourri ou d'ammoniacTrop de déchets humides, tas tassé et privé d'airAjoutez des déchets secs et brassez à fond. L'odeur disparaît en quelques jours.
Rien ne se décomposeTas trop sec ou trop riche en matière sècheArrosez, ajoutez des épluchures ou des tontes, brassez.
Nuée de moucheronsMatières fraîches laissées en surfaceEnfouissez les apports frais et recouvrez-les de déchets secs.
Fourmis installéesTas trop secBrassez, vérifiez l'humidité et arrosez si besoin.
RongeursAccès par le sol, restes de repas en surfaceGrillage à mailles fines au fond du bac, restes enfouis au centre.

Diagnostics et corrections d'après la foire aux questions du guide ADEME, juillet 2024.

Le petit composteur chauffe peu

Dans une installation professionnelle, le compost doit tenir au moins six semaines au-dessus de 45 °C, et la charte de compostage agricole soutenue par l'ADEME fixe un seuil d'hygiénisation de 60 °C pendant six jours, 55 °C pendant dix jours ou 70 °C pendant un jour. C'est ce passage prolongé à haute température qui détruit les graines d'adventices et une bonne partie des germes pathogènes.

Un bac de jardin de 300 ou 400 litres, rempli par petites quantités au fil des semaines, atteint rarement ces niveaux de façon homogène. Le cœur peut chauffer quelques jours après un gros apport de tontes, les bords restent tièdes. Il faut en tirer deux conséquences pratiques. Les plantes montées en graines, comme le chénopode ou l'amarante, se retrouveront semées dans vos planches avec le compost : coupez-les avant la floraison ou mettez-les à part. Et les végétaux visiblement malades vont avec modération dans un composteur domestique, comme le recommande l'ADEME. Le mildiou de la tomate et de la pomme de terre fait exception : la RHS conseille de ne pas composter les plants atteints, car ses spores de conservation survivent dans la plupart des composts familiaux. En cas de doute, la déchèterie les traitera dans une plateforme qui monte en température.

Trois stades de maturité pour trois usages

Le compost n'a pas besoin d'être parfait pour servir. L'ADEME distingue trois stades. Demi-mûr, encore grossier, il s'étale en paillage pour protéger et nourrir le sol. Mûr, après quatre à six mois en bac ou six à douze mois en tas, il s'incorpore aux planches. Au-delà de dix-huit mois, très fin, il sert de support de culture une fois mélangé à de la terre.

Un compost mûr se reconnaît à sa couleur sombre, à son odeur de forêt et à sa texture friable : on n'y distingue plus les déchets d'origine, sauf les coquilles et les noyaux. Le test le plus simple vient aussi de l'ADEME : semez quelques graines de cresson dans un pot de compost. Si elles germent normalement, il est prêt. Récoltez-le au centre d'un tas au repos, ou par la trappe au bas du bac.

UsageDoseExemples
Légumes à forts besoins3 à 5 kg/m² par anTomate, courge, aubergine, poireau, céleri, pomme de terre, artichaut
Légumes aux besoins moyens1 à 3 kg/m² par anCarotte, laitue, haricot, épinard, betterave, petit pois, asperge, persil
Plantation d'un arbre fruitier1 part de compost pour 4 parts de terreauMélange à verser directement dans le trou
Arbres fruitiers3 à 5 kg/m² par anSous l'envergure du feuillage

Doses du guide ADEME « Comment réussir son compost ? », juillet 2024.

⚠️ Jamais de semis dans le compost pur

Très riche en éléments nutritifs, le compost utilisé seul brûle les jeunes racines. Mélangez-le toujours à la terre, et réservez le compost tamisé aux semis une fois coupé de terreau ou de sable.

Le compost selon votre climat

Le climat décide surtout de l'humidité du tas et de sa vitesse de décomposition. Les mêmes gestes s'appliquent partout, mais pas avec la même insistance.

ZoneRisque principalCe qui change
Nord et Nord-EstFroid et humiditéLa décomposition ralentit fortement l'hiver. Préférez un bac fermé et des apports importants d'un coup, qui chauffent mieux que des petites quantités.
AtlantiqueExcès d'eauUn tas à l'air libre se gorge de pluie. Couvrez-le d'une bâche ou d'un couvercle et forcez sur les déchets secs.
CentreFaibleConditions moyennes. Surveillez seulement le dessèchement en été et l'engorgement en hiver.
Sud-OuestÉté secArrosez le tas pendant les épisodes de chaleur. Le reste de l'année, la décomposition est rapide.
MéditerranéeDessèchementPlacez le composteur à l'ombre, gardez le couvercle fermé l'été et arrosez avec l'eau de cuisson refroidie ou l'eau de pluie.
MontagneGel prolongéLe compost s'arrête plusieurs mois. Comptez une maturation d'un an et plus, et entourez le bac de paille pour prolonger l'activité à l'automne.

Biodéchets et déchets verts devant la loi

Depuis le 1er janvier 2024, la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire oblige les collectivités à proposer à chaque foyer une solution de tri à la source des biodéchets : composteur individuel ou partagé, bac de collecte dédié ou point d'apport. L'obligation pèse sur la collectivité. Le particulier n'encourt pas de sanction, mais beaucoup de communes distribuent des composteurs à prix réduit ou gratuitement, ce qui vaut un appel à la mairie avant d'en acheter un.

Le brûlage des déchets verts à l'air libre, en revanche, est interdit aux particuliers, y compris dans un incinérateur de jardin, et l'infraction est passible d'une amende pouvant atteindre 450 euros. Les tailles et les feuilles ont deux destinations légales : la déchèterie ou le compost, après broyage pour les branches. Elles font justement la matière sèche qui manque à la plupart des composteurs.

Notre position

Deux bacs côte à côte, un seau sous l'évier et un stock de feuilles mortes suffisent à recycler la quasi-totalité des épluchures d'une famille et des déchets verts d'un potager. La seule discipline à tenir est l'équilibre entre humide et sec, et le brassage mensuel règle le reste.

Épandez le compost mûr à l'automne ou à la fin de l'hiver sur les planches des légumes gourmands, gardez le demi-mûr pour le paillage, et laissez à la déchèterie les plantes montées en graines. Avec les engrais verts, c'est la base d'une fertilisation qui ne coûte presque rien, complétée pour les légumes gourmands par un engrais organique.

Questions fréquentes

Combien de temps faut-il pour obtenir du compost ?

Selon l'ADEME, comptez au moins quatre à six mois en bac et six à douze mois en tas pour un compost mûr, et environ trois mois dans un lombricomposteur. Un compost demi-mûr s'utilise plus tôt en paillage, et un compost destiné à servir de support de culture demande au moins dix-huit mois.

Peut-on mettre de la viande et des laitages au compost ?

Oui pour les laitages, le pain et les croûtes de fromage, que l'ADEME classe parmi les déchets à composter sans hésiter. La viande est acceptée avec modération, en petits morceaux enfouis au centre du tas, hors d'atteinte des animaux. Un bac fermé et un grillage au fond limitent l'intérêt des rongeurs.

Pourquoi mon compost sent-il mauvais ?

Une odeur d'œuf pourri ou d'ammoniac signale un tas trop humide et privé d'air, en général à cause d'un excès d'épluchures ou de tontes. Ajoutez des déchets secs comme des feuilles mortes ou du carton brun, puis brassez à fond. L'odeur disparaît en quelques jours.

Peut-on semer directement dans le compost ?

Non. Le compost pur est trop riche et risque de brûler les jeunes racines. Mélangez-le toujours à la terre pour en faire un terreau, et tamisez-le avant de l'utiliser pour des semis.

Le compost est-il obligatoire depuis 2024 ?

L'obligation de tri à la source des biodéchets, en vigueur depuis le 1er janvier 2024, s'impose aux collectivités, qui doivent proposer une solution à chaque foyer. Un particulier qui ne composte pas n'encourt aucune sanction. Sa commune doit en revanche lui offrir un composteur, un bac de collecte ou un point d'apport.

Sources :
  • ADEME, Comment réussir son compost ?, juillet 2024 : proportions, durées, doses, diagnostics : dinan-agglomeration.fr/wp-content/uploads/2025/01/guide_ADEME_reussir_son_compost.pdf
  • FAO, Méthodes de compostage au niveau de l'exploitation agricole : rapport carbone sur azote, humidité, températures : fao.org/4/y5104f/y5104f05.htm
  • Charte de bonnes pratiques de compostage agricole, version 6, décembre 2015, avec le soutien de l'ADEME : seuils de température et d'hygiénisation
  • Loi n° 2020-105 du 10 février 2020 relative à la lutte contre le gaspillage et à l'économie circulaire : tri à la source des biodéchets au 1er janvier 2024
  • Circulaire du 18 novembre 2011 relative à l'interdiction du brûlage à l'air libre des déchets verts
  • Royal Horticultural Society, Tomato blight : rhs.org.uk/disease/tomato-blight