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🤍 L'oïdium

Le feutrage blanc qui couvre les feuilles de courgettes en fin d'été n'aime pas l'eau. La RHS explique que ses spores, très riches en eau, infectent dans des conditions plus sèches que les autres champignons, et que les plantes qui subissent des coups de sécheresse répétés y sont plus sensibles. D'où un conseil qui surprend : arroser régulièrement, et même mouiller le feuillage le matin par temps sec. Deux produits du quotidien sont autorisés contre l'oïdium des cucurbitacées comme substances de base : le bicarbonate de soude et le lait de vache. Voici comment reconnaître l'oïdium, le prévenir, et ce que valent les traitements.

Feuille de courge entièrement couverte d'un feutrage blanc poudreux, au milieu de feuilles encore vertes
Photo : Dmitry Brant / Wikimedia Commons (CC BY-SA 4.0). Source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Powdery_mildew_9.jpg

✅ L'essentiel

  • Un feutrage blanc et poudreux sur les feuilles, surtout sur les courgettes, concombres et courges.
  • L'oïdium profite des racines au sec et de l'air humide, pas de l'eau sur les feuilles : arrosez régulièrement par temps sec.
  • Deux substances de base autorisées contre l'oïdium des cucurbitacées : le bicarbonate de soude alimentaire et le lait de vache dilué.
  • Les purins de prêle, d'ortie et de consoude n'ont montré aucune efficacité contre l'oïdium dans les essais rapportés par la SNHF.
  • Les variétés tolérantes de courgettes et de concombres restent la prévention la plus simple.

Reconnaître l'oïdium

L'oïdium désigne plusieurs champignons qui produisent le même symptôme : un feutrage blanc à grisâtre, sec et poudreux, qui apparaît par taches sur les feuilles avant de les couvrir. La RHS précise qu'il produit à sa surface des spores microscopiques dispersées par l'air. Les feuilles atteintes jaunissent, se dessèchent et finissent par tomber.

MaladieAspectConditions
OïdiumFeutrage blanc poudreux, qui s'efface en partie au doigtRacines au sec, air humide, plants serrés
Mildiou de la tomatePlages brunes huileuses, duvet blanc fin au revers par temps humideFeuillage mouillé, temps doux et humide
Pourriture griseDuvet gris brun épais sur fruits et tigesHumidité, blessures, plants entassés

RHS, « Powdery mildews », « Tomato blight » et « Grey mould ».

La confusion avec le mildiou a des conséquences pratiques : les deux maladies demandent des arrosages opposés. Au mildiou, il faut un feuillage sec ; à l'oïdium, des racines jamais à sec. Le guide des maladies du potager compare les principales maladies, et le tableau ci-dessus suffit à trancher dans la plupart des cas.

Pourquoi l'oïdium apparaît

L'oïdium a un comportement à part parmi les champignons du jardin. La RHS en décrit les conditions favorables, qui orientent directement la prévention.

Les conditions qui l'aident

  • Des coups de sécheresse répétés au niveau des racines
  • Un air humide, sans eau libre sur les feuilles
  • Des plants serrés, contre un mur ou une clôture où l'air stagne
  • Un emplacement abrité et peu ensoleillé

Les gestes qui le freinent

  • Arroser régulièrement par temps sec, sur un sol qui s'égoutte bien
  • Mouiller le feuillage en milieu de matinée par temps sec
  • Planter au soleil, avec de l'espace
  • Ramasser et détruire les feuilles atteintes à l'automne

RHS, « Powdery mildews ».

La RHS explique l'apparente contradiction : les spores de l'oïdium sont exceptionnellement riches en eau, ce qui leur permet d'infecter dans des conditions plus sèches que la plupart des champignons, et le champignon « n'aime pas le contact direct avec l'eau ». Un arrosage sur le feuillage en milieu de matinée, qui laisse les feuilles sécher avant le soir, le gêne donc sans favoriser les autres maladies. C'est pourquoi l'oïdium explose souvent en été, quand les courgettes manquent d'eau.

Le cycle de l'oïdium au fil de la saison

Comprendre comment l'oïdium se propage aide à agir au bon moment. La RHS décrit un champignon qui vit à la surface des feuilles et produit des spores microscopiques emportées par l'air, capables d'infecter sans film d'eau grâce à leur forte teneur en eau.

  • Printemps

    Les premières spores arrivent avec l'air, depuis les jardins voisins ou les débris de l'année précédente. Les jeunes feuilles bien arrosées restent peu touchées.

  • Été

    Chaleur, air humide la nuit et racines qui manquent d'eau : l'oïdium s'étend de feuille en feuille. Les plants serrés et abrités blanchissent les premiers.

  • Fin d'été

    Les vieilles feuilles se couvrent de blanc, jaunissent et sèchent. La production de la plante ralentit.

  • Automne

    Les feuilles atteintes tombées au sol sont à ramasser et détruire, comme le conseille la RHS, pour limiter les sources de spores l'année suivante.

RHS, « Powdery mildews ». Déroulé saisonnier : JardinZone.

Parce que les spores voyagent par l'air, la rotation des cultures protège peu contre l'oïdium, comme contre le mildiou : le guide de la rotation des cultures rappelle qu'elle ne peut rien contre ce qui arrive par le vent. La prévention se joue sur la vigueur des plants et sur l'aération.

Prévenir le blanc

  1. Choisissez des variétés tolérantes : de nombreuses courgettes et concombres sont sélectionnés pour mieux résister à l'oïdium, comme l'indiquent les catalogues de semences.
  2. Espacez les plants : 90 cm au moins entre deux courgettes selon la RHS, pour que l'air circule.
  3. Arrosez régulièrement, sans laisser la terre sécher entre deux arrosages, et paillez pour garder la fraîcheur.
  4. Plantez au soleil, à l'écart des murs et des clôtures où l'air stagne.
  5. Nettoyez à l'automne : ramassez et détruisez les feuilles atteintes tombées au sol.

RHS, « Powdery mildews » et « How to grow courgettes ».

Ces gestes ne garantissent pas l'absence d'oïdium en fin d'été, mais ils le retardent, et c'est l'essentiel : une courgette qui blanchit en septembre a déjà donné l'essentiel de sa récolte. Le guide pour bien arroser son potager donne les doses et les intervalles pour les courges selon le type de sol, et celui du paillage les matériaux qui gardent la terre fraîche.

Les substances de base autorisées

Depuis 2019, les jardiniers amateurs n'ont plus accès aux fongicides de synthèse. Contre l'oïdium, plusieurs produits du quotidien sont reconnus au niveau européen comme substances de base, c'est-à-dire comme produits courants utilisables pour protéger les plantes. Leurs fiches sont publiées par l'Institut technique de l'agriculture biologique.

SubstanceApprobationUsages contre l'oïdiumConditions
Bicarbonate de soudeRèglement (UE) 2015/2069Légumes, petits fruits, ornement, vigneQualité alimentaire, en solution ou en poudre
Lait de vacheRèglement (UE) 2020/1004Concombre, courgette et courges, vigneQualité alimentaire, dilué dans l'eau
Petit-lait (lactosérum)Règlement (UE) 2016/560Vigne seulement ; sur concombre et courgette, l'usage autorisé vise le mildiouAvant la floraison seulement, utilisé rapidement après collecte, jamais dans un récipient métallique

ITAB, fiches substances de base « Hydrogénocarbonate de sodium », « Lait de vache » et « Lactosérum ».

Le bicarbonate et le lait agissent en prévention ou dès les premières taches : aucune ne fait disparaître un feutrage déjà installé sur toute la plante. Les fiches renvoient au détail des usages pour les doses et le nombre de passages. Le lait, dont l'intérêt contre l'oïdium de la courgette a été étudié en serre au Brésil dès 1999 par Wagner Bettiol, s'emploie dilué dans l'eau, jamais pur, d'après sa fiche.

Attention au mélange maison. Les recettes ajoutent souvent du savon noir ou de l'huile au bicarbonate pour le faire adhérer. Ces ajouts ne figurent pas dans la fiche de la substance de base. Testez toujours une préparation sur quelques feuilles avant de traiter tout le plant, et ne pulvérisez pas en plein soleil.

Purins et soufre à l'épreuve des essais

Le conseil scientifique de la Société nationale d'horticulture de France a rassemblé en 2012 les essais menés en France sur les purins de plantes. Pour l'oïdium, le bilan est net.

TraitementEssaiRésultat
Purins de prêle, ou mélange prêle, ortie et consoudeOïdium de l'artichaut et du melon, en préventif« Efficacité nulle », en surface atteinte comme en intensité
SoufreMêmes essaisNettement meilleur que le témoin, protection suffisante

SNHF, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, « Protection des plantes, tradition et macération d'ortie », 2012, chapitre « Essais d'efficacité sur les pathogènes fongiques ».

La SNHF signale seulement des essais au Népal montrant une efficacité de purins sur l'oïdium du concombre, sans résultat équivalent en France. Le soufre, lui, reste un fongicide de référence contre l'oïdium. Pour un jardinier, il n'est utilisable que sous forme de produit portant la mention d'emploi autorisé au jardin, à la dose de l'étiquette. La bouillie bordelaise, elle, vise le mildiou : les fiches officielles consultées ne prévoient pas son usage contre l'oïdium.

Bicarbonate en solution ou en poudre

La fiche de la substance de base prévoit deux formes d'emploi pour le bicarbonate de soude : en solution dans l'eau, à la dilution prévue pour l'usage, ou en poudre sèche, saupoudrée à l'aide d'un poudreur. Dans les deux cas, il doit être de qualité alimentaire, c'est-à-dire le bicarbonate de cuisine, et non un produit d'entretien.

FormeAvantagePrécaution
Solution dans l'eauCouvre bien les deux faces des feuillesPréparer juste ce qu'il faut, pulvériser hors plein soleil
Poudre au poudreurPas de préparation, rapidePar temps calme, sur feuillage sec, sans respirer la poudre

ITAB, fiche substance de base « Hydrogénocarbonate de sodium ». Précautions : JardinZone.

Le lait, lui, s'emploie toujours dilué dans l'eau pour cet usage, et pur seulement pour désinfecter les outils contre les virus transmis par contact, selon sa fiche. Quelle que soit la substance, un traitement unique ne suffit pas : on renouvelle au fil des nouvelles feuilles, comme pour toute protection de contact, et après une pluie qui l'a lessivée.

Quand laisser faire

L'oïdium de fin d'été sur les cucurbitacées n'appelle pas toujours un traitement. Le calendrier des cultures aide à décider.

  • Juin et juillet

    Taches précoces sur de jeunes plants : retirez les feuilles atteintes, rétablissez un arrosage régulier, et traitez au bicarbonate ou au lait dès les premières taches.

  • Août

    Les vieilles feuilles du bas blanchissent : retirez-les, gardez le feuillage jeune en bonne santé, continuez d'arroser.

  • Septembre

    Plant couvert de blanc qui a déjà bien produit : arrachez-le, sortez les débris du jardin et libérez la place pour une culture d'automne.

Conseils JardinZone ; ramassage des feuilles atteintes : RHS, « Powdery mildews ».

L'oïdium se développe sur les feuilles et non dans les fruits : les courgettes, concombres et melons d'un plant atteint restent comestibles. La RHS déconseille d'ailleurs les fongicides contre l'oïdium, et rappelle que les mesures de culture font l'essentiel.

L'oïdium au verger et au jardin d'ornement

Les cucurbitacées ne sont pas seules en cause : l'oïdium touche aussi des arbres fruitiers, des rosiers et de nombreuses plantes d'ornement. Pour eux, la RHS ajoute un geste aux conseils précédents : tailler pour obtenir une ramure ouverte, où l'air circule et où le feuillage sèche vite.

SituationGeste conseillé par la RHS
Arbres et arbustes au feuillage denseTaille qui ouvre la ramure
Plantes contre un mur ou une clôtureÉviter ces emplacements où l'air stagne, ou espacer davantage
Plantes souvent à sec en étéArrosages réguliers, sol bien drainé
Feuilles atteintes tombéesRamassage et destruction à l'automne

RHS, « Powdery mildews ».

Le guide pour tailler les arbres fruitiers détaille la taille qui aère la ramure. Pour un nouvel arbre, le guide pour planter un arbre fruitier rappelle l'importance d'un emplacement ensoleillé et aéré.

L'oïdium selon votre climat

ZoneNos conseils
Nord et Nord-EstOïdium surtout en fin d'été ; espacez les courgettes et choisissez des variétés tolérantes.
AtlantiqueAir humide fréquent : plantez au soleil et à l'écart des murs, arrosez au pied régulièrement.
CentreÉtés secs : l'oïdium suit souvent les coups de sécheresse, paillez et arrosez sans à-coups.
Sud-OuestChaleur et nuits humides : arrosage régulier et feuillage mouillé le matin par temps sec.
MéditerranéeSécheresse au pied et air chaud : paillis épais et arrosage régulier des cucurbitacées.
MontagneSaison courte : l'oïdium arrive souvent quand la récolte est faite, inutile de traiter tard.

Conseils indicatifs JardinZone, d'après les conditions décrites par la RHS.

Notre position

Contre l'oïdium, l'arrosage passe avant le pulvérisateur : des racines qui ne manquent jamais d'eau, un paillis, des plants espacés au soleil et des variétés tolérantes retardent le blanc jusqu'à la fin de la récolte. Par temps sec, mouillez même le feuillage le matin.

Si un traitement s'impose, utilisez une des deux substances de base autorisées sur les cucurbitacées, le bicarbonate de soude alimentaire ou le lait dilué, dès les premières taches. Laissez les purins de côté, et acceptez le blanc de septembre sur des plants qui ont déjà tout donné.

Questions fréquentes

Le bicarbonate de soude est-il efficace contre l'oïdium ?

Il est reconnu comme substance de base contre l'oïdium des légumes, des petits fruits et de la vigne par le règlement européen 2015/2069, en qualité alimentaire. Il agit en prévention ou dès les premières taches, pas sur un feutrage déjà installé sur toute la plante.

Faut-il arroser le feuillage contre l'oïdium ?

Par temps sec, oui, en milieu de matinée : la RHS explique que le champignon n'aime pas le contact direct avec l'eau. L'essentiel reste d'arroser régulièrement le pied, car les coups de sécheresse rendent les plantes plus sensibles. Les feuilles doivent sécher avant le soir.

Le lait marche-t-il contre l'oïdium ?

Le lait de vache est reconnu comme substance de base contre l'oïdium du concombre, de la courgette et des courges par le règlement européen 2020/1004. Il s'utilise dilué dans l'eau, en qualité alimentaire, en prévention ou dès les premières taches.

Peut-on manger une courgette d'un plant atteint d'oïdium ?

Oui. L'oïdium se développe sur les feuilles et non dans les fruits. Les courgettes, concombres et melons d'un plant blanchi restent comestibles.

Le purin de prêle protège-t-il de l'oïdium ?

Les essais français rapportés par la SNHF n'ont montré aucune efficacité des purins de prêle, ou du mélange prêle, ortie et consoude, contre l'oïdium de l'artichaut et du melon. Le soufre, testé dans les mêmes essais, protégeait correctement.

Sources :
  • Royal Horticultural Society, Powdery mildews : rhs.org.uk/disease/powdery-mildews
  • Royal Horticultural Society, How to grow courgettes : rhs.org.uk/vegetables/courgettes/grow-your-own
  • ITAB, fiches substances de base Hydrogénocarbonate de sodium, Lait de vache, Lactosérum : itab.bio/substances
  • Société nationale d'horticulture de France, J.-L. Bernard, J. My, D. Veschambre, Protection des plantes, tradition et macération d'ortie, 2012
  • W. Bettiol, Effectiveness of cow's milk against zucchini squash powdery mildew (Sphaerotheca fuliginea) in greenhouse conditions, Crop Protection, 18, 1999, p. 489-492
  • DRAAF Centre-Val de Loire, 1er janvier 2019 : du nouveau pour les particuliers, mis à jour le 19 octobre 2023